La dette publique de la France dépasse les 2 000 milliards d'euros, c'est grave ?

La dette publique de la France a augmenté de 28,7 milliards d'euros au deuxième trimestre pour atteindre 2 023,7 milliards fin juin, soit 95,1% du PIB. Le niveau de la dette n'a jamais été aussi élevé.

Le ministre de l\'Economie, Emmanuel Macron (à g.), et le ministre des Finances, Michel Sapin, lors d\'un sommet sur le financement et l\'investissement, le 15 septembre 2014, à l\'Elysée, à Paris.
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron (à g.), et le ministre des Finances, Michel Sapin, lors d'un sommet sur le financement et l'investissement, le 15 septembre 2014, à l'Elysée, à Paris. (SIPA)

La barre des 2 000 milliards d'euros a été franchie. La dette publique de la France s'est établie à 2 023,7 milliards d'euros à la fin du deuxième trimestre, a annoncé, mardi 30 septembre, l'Insee. Elle a augmenté de 28,7 milliards d'euros en un trimestre.

Rapportée à la richesse nationale, cette dette, mesurée selon les critères de Maastricht, atteint 95,1% du Produit intérieur brut (PIB), soit 1,1 point de plus qu'au trimestre précédent. Avec ce taux d'endettement, si la dette publique était composée de billets de 100 euros alignés les uns à côté des autres et empilés, elle aurait dépassé la hauteur de l'Arc de Triomphe, selon des comparaisons effectuées par France 2 en 2013.

Francetv info décrypte ce qu'implique cette dette historique.

A quoi cette hausse est-elle liée ?

La dette publique, ce sont des dettes de l'Etat, des organismes de Sécurité sociale et des collectivités locales réunies, selon la définition européenne. La comparaison avec le PIB, qui mesure la richesse produite chaque année par un pays, est habituelle et permet de jauger son niveau. Ainsi, les critères européens imposent une dette publique inférieure à 60% du PIB, un taux dont la France, avec ses 95,1% est très éloignée.

La hausse est imputable à l'Etat, dont la contribution à la dette a progressé de 35,2 milliards d'euros, tandis que celle des administrations de Sécurité sociale et des administrations publiques locales a diminué. Les aides versées à la zone euro pèsent aussi : elles représentent 68 milliards d'euros de la dette française, selon des estimations de France 2.

Après la publication de l'Insee, le gouvernement a rappelé avoir largement hérité de cette situation d'endettement croissant. Au ministère des Finances, on souligne que la dette a doublé entre 2002 et 2012, passant de 930 à 1 860 milliards d'euros, dont 600 milliards entre 2007 et 2012.

"Une grande partie de l'augmentation de la dette aujourd'hui est liée aux conséquences de la crise et donc on peut interpréter cette dette publique comme la socialisation de dettes privées qui, elles-mêmes, sont apparues insoutenables", souligne de son côté Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans Le Monde.

Est-ce grave ?

Tous les économistes ne partagent pas le même avis, mais globalement, une dette élevée, c'est grave, mais pas alarmant. En fait, la dette est un passif, mais il y a, en face, un actif, comme le rappelle L'Express. Du coup, chaque nouvel enfant ne naît pas avec des dettes, mais avec un actif net public.

"Il est normal que l'Etat s'endette dans la mesure où cela finance des recherches, des infrastructures. On peut comparer cette démarche à celle d'une entreprise qui emprunte pour investir", admettait déjà en 2007 Denis Ferrand, économiste à Rexecode, un institut proche du Medef, dans Terra Eco. Toutefois, il pointe un risque : "Le danger, c'est l'effet boule de neige, lorsqu'il faut s'endetter... pour payer les charges d'intérêt."

Est-ce que cela va continuer ?

Oui, car les déficits publics devraient continuer à augmenter. Le gouvernement espère redresser la barre de ses comptes publics d'ici la fin du quinquennat. Reste à savoir s'il parviendra... Par exemple, il avait l'intention de ramener le déficit public français à 3% du produit intérieur brut en 2015, conformément à ses engagements européens. Or, le déficit atteindra environ 4,3% du PIB en 2015, après 4,4% en 2014. Ces déficits qui s'amoncellent ont pour conséquence une dette qui s'accumule puisque la France doit emprunter pour boucler ses budgets.

Pourtant, limiter la dette publique offrirait une marge de manœuvre au gouvernement. C'est pourquoi l'entourage du ministre des Finances, Michel Sapin, affirme que "la politique du gouvernement doit permettre de stopper la croissance de la dette avec l'assainissement des comptes publics, grâce à des économies, d'une part, et une stratégie de croissance, d'autre part, avec le CICE et le pacte de responsabilité et de solidarité". Une déclaration effectuée mardi 30 septembre, à la veille de la présentation du projet de budget 2015 de l'Etat au Conseil des ministres.