Précarité et crise sanitaire, conséquences du Covid : "Le pire arrive", alerte le maire PCF de Grigny qui réclame des "états généraux du social"

Près de la moitié des personnes ayant sollicité le Secours populaire ces derniers mois étaient inconnues de l'association jusqu'ici, alerte Philippe Rio. "Tous les signaux sont alarmants".

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Philippe Rio, le maire de Girgny sans l'Essonne, le 6 novembre 2018. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Le pire arrive", alerte le maire communiste de Grigny (Essonne), Philippe Rio, mercredi 30 septembre sur franceinfo, après la publication du baromètre annuel du Secours populaire et les ravages de la crise sanitaire. Pendant les deux mois du confinement, 1 270 000 personnes ont sollicité l'aide du Secours populaire dans ses permanences d'accueil partout en France. Parmi ces demandeurs, 45% étaient jusque-là inconnus de l'association. À Grigny, "il y a eu une accélération des fragilités et des vulnérabilités sociales. Tous les signaux sont alarmants", s’inquiète Philippe Rio. "C'est le pacte social républicain qui est mis en danger aujourd'hui", poursuit-il, appelant à la tenue d’"états généraux du social".

franceinfo : À Grigny, près d’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Cette situation s’est-elle aggravée depuis le début de la crise ?

Philippe Rio : Oui, il y a eu une accélération des fragilités et des vulnérabilités sociales. Aujourd'hui, on peut parler de violence sociale, d'indignité humaine, et je crois que le pire arrive, malheureusement. Il y a des familles pour qui l'alimentation est le sujet numéro un. Nous constatons une explosion des impayés de loyers, une explosion des impayés (de charges, de chauffage et d'eau), et dans le même temps, une demande de l'urgence sociale auprès des collectivités locales qui a été multipliée par trois depuis le mois de septembre.

Le nombre de personnes au RSA a explosé.

Philippe Rio, maire communiste de Grigny

à franceinfo

Tous les signaux sont extrêmement alarmants. De la même manière, les queues lors de la distribution alimentaire du Secours populaire, des Restos du cœur ou de l'épicerie sociale tenue par la ville font l'objet de tensions entre habitants. Cela démontre encore une fois que la situation est extrêmement grave.

Vos administrés souhaitent-ils vous voir davantage ? Que veulent-ils vous dire ?

Je discute beaucoup avec mes collègues aux alentours, avec mes collègues de l'association Villle et banlieue, les demandes de rendez-vous pour des questions d'emploi ont été multipliées par quatre ou cinq depuis le mois de septembre. Le gouvernement a mis en place un plan pauvreté depuis deux ans qui, fondamentalement, est mort-né. Les annonces en matière d'emploi sont illisibles pour les acteurs de terrain que nous sommes pour les mettre en œuvre. Le plan de relance comporte peu de choses sur le volet social. Or, il y a dans les territoires fragiles de la République des urgences auxquelles nous sommes prêts à répondre. Faut-il encore avoir un cap, une vision et les moyens d'intervention, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Vous aviez pourtant déjà lancé, en octobre 2017, un appel à l’État avec d'autres maires de banlieue. Pourquoi ça ne bouge pas ?

Ça ne bouge pas assez vite parce que les politiques publiques sont toujours plus lentes que les crises. Et la crise du Covid a remis une couche d'instabilité sociale, de violence sociale. C'est le pacte social républicain qui est mis en danger aujourd'hui. Je le dis encore une fois, avec plusieurs collègues maires, nous sommes très alarmistes sur la situation et il faut très rapidement que l'État propose des états généraux du social, n'ayons pas peur du mot, parce qu'aujourd'hui, les fractures sont très fortes.

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