Des maires lancent l'"appel de Grigny" pour relancer la politique de la ville

Des élus tous bords ont listé dix mesures d'urgence afin de relancer les investissements dans les quartiers. 

Le quartier de la Grande Borne à Grigny (Essonne), le 11 avril 2015.
Le quartier de la Grande Borne à Grigny (Essonne), le 11 avril 2015. (WINFRIED ROTHERMEL / PICTURE ALLIANCE)

Plus d'une centaine de maires ont lancé un "appel de Grigny" en faveur des quartiers populaires, lundi 16 octobre, après quarante ans de la politique de la ville. Les élus se sont réunis en "états généraux" dans cette ville symbolique d'Ile-de-France, qui abrite en grande partie la Grande Borne, une cité sensible où des policiers ont été attaqués avec des cocktails Molotov, il y a un an.

Une liste de dix mesures urgentes

"C'est historique, c'est 2005 sans les émeutes", a notamment déclaré Jean-Philippe Acensi, président de Bleu Blanc Zèbre, une association co-organisatrice du rassemblement. "On ne peut plus se contenter de discours fumeux." Réunis "spontanément et sans aucune idée partisane", les élus estiment que la politique de la ville "est entrée dans une phase critique et de désespérance". Ils listent dix mesures "urgentes" à appliquer "avant le budget 2018".

L'appel demande au gouvernement de revenir sur la suppression de 46,5 millions d'euros de crédits alloués à la politique de la ville, mais aussi d'annuler la réduction des contrats aidés, dont bénéficient de nombreuses associations dans les quartiers. Il y a dix jours, le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait toutefois promis que le financement de la politique de la ville sera "sanctuarisé" à partir de 2018, pour tout le quinquennat, et que les contrats aidés seront donnés en priorité aux quartiers prioritaires.

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Mais les signataires de l'appel veulent aller plus loin. Ils réclament également un doublement du budget de la politique de la ville, actuellement de 411 millions d'euros, et la création d'un fonds d'urgence immédiat de 100 millions d'euros pour les 100 quartiers les plus en difficulté.

Borloo espère "un virage" dans le dossier

Autre préoccupation des maires, "le rétablissement et le renforcement des effectifs de police et des moyens de justice" alors que nombre d'entre eux ont sur leur commune des quartiers classés en zone de sécurité prioritaire (ZSP). Récemment contrainte de faire appel à sa police municipale pour assurer le calme dans sa ville, la maire de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), Marie-Claude Jarrot (LR), a exprimé son "ras-le-bol de devoir bricoler sur des sujets aussi importants".

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Le texte appelle également à la désignation d'un ministre de la Ville au rang de ministre d'Etat, et non plus intégré comme actuellement dans le ministère de la Cohésion des territoires. Cette journée doit être "un virage, une alerte, le début d'une séquence démocratique", a lancé l'ancien ministre Jean-Louis Borloo. Artisan du premier programme de rénovation urbaine des quartiers dans les années 2000, il a été régulièrement cité en exemple et applaudi par les maires.

De nouveaux "états généraux" similaires sont d'ores et déjà annoncés: à Paris en novembre lors du Congrès des maires, à Roubaix en décembre et Mulhouse en janvier.