Zemmour-Taubira : le chroniqueur contre-attaque à l'antenne et au tribunal

Il avait accusé la garde des Sceaux d'avoir désigné "les hommes blancs" comme des "bourreaux". Il a persisté ce matin sur RTL et porté plainte contre "L'Express", qui a annoncé son éviction de la radio. 

Le journaliste Eric Zemmour à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire) à l\'occasion du festival \"la forêt des livres\", le 29 août 2010.
Le journaliste Eric Zemmour à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire) à l'occasion du festival "la forêt des livres", le 29 août 2010. (ALAIN JOCARD / AFP)

Eric Zemmour persiste, signe et attaque. Le chroniqueur, accusé par le Mrap et SOS Racisme d'avoir tenu sur RTL des propos "racistes" et "machistes" à l'encontre de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a décidé d'attaquer en justice l'hebdomadaire L'Express, qui avait annoncé samedi le limogeage du chroniqueur. 

FTVi revient sur cette polémique en cinq actes.

Acte I : Christiane Taubira bouscule la Chancellerie

Dès ses premiers pas, la garde des Sceaux a pris des positions qui en ont fait une cible de choix pour la droite. Elle a notamment annoncé vouloir démanteler les tribunaux correctionnels pour mineurs. Depuis la loi du 10 août 2011, les récidivistes âgés de 16 à 18 ans encourant une peine égale ou supérieure à trois ans ne comparaissent plus devant un tribunal pour enfants. Ils doivent répondre de leurs actes devant des tribunaux spécifiques.

La ministre de la Justice s'est également engagée, dès les premiers jours, sur la loi concernant le harcèlement sexuel, dont l'abrogation par le Conseil constitutionnel début mai a créé un vide juridique. Cette décision du Conseil constitutionnel a conduit à l'annulation de toutes les procédures en cours fondées sur ce texte et provoqué l'indignation des plaignants. "C'est vraiment insupportable pour les victimes qui ont engagé des actions et se trouvent aujourd'hui, pratiquement, déboutées par l'arbitraire, d'une certaine façon", a commenté la ministre. Un nouveau texte est d'ores et déjà en préparation, a-t-elle ajouté. "Nous ferons très vite et surtout très bien", a-t-elle assuré.

Acte II : pour Zemmour, Taubira met "les hommes blancs" dans le "mauvais" camp

Mercredi 23 mai, le chroniqueur a déclaré sur RTL : "En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais." Selon lui, "les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981, et dans les banlieues, Hollande a réalisé des scores de dictateur africain". Il a aussi reproché à la garde des Sceaux de se montrer "douce et compatissante, compréhensive", comme "une maman pour ses enfants, ces pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois".

Acte III : le MRAP et SOS Racisme s'insurgent

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et SOS Racisme ont dénoncé jeudi les propos "racistes" et "machistes" d'Eric Zemmour. Sur son site, le Mrap se dit "scandalisé par la chronique haineuse" et "en appelle donc au Conseil supérieur de l'audiovisuel pour que sa mission s'exerce contre une radio qui donne un tel espace à la haine raciste et misogyne".

Dans une tribune publiée vendredi par Le Monde, SOS Racisme juge qu'Eric Zemmour adopte un "positionnement digne de ce machisme grossier dont il ne se départ plus". Il "espère qu'un jour les complexes d'Eric Zemmour se résoudront sur un divan plutôt que par l'expression radiophonique d'une haine quotidienne obligeamment permise par la sollicitude de RTL à l'endroit de ce personnage".

Acte IV : Zemmour débarqué de RTL ?

Le chroniqueur pourrait ne pas être reconduit à la station de la rue Bayard à la rentrée 2012, selon Renaud Revel, de L'Express. "Le chroniqueur de cette station ne sera plus à l'antenne de RTL, le matin, en septembre", croit savoir le journaliste.

"La nouvelle polémique provoquée par M. Zemmour, condamné en 2011 pour 'provocation à la discrimination raciale', n'a guère été appréciée à la direction de RTL", écrit Le Monde. Selon le quotidien, la radio juge que le chroniqueur est "parfaitement dans son rôle" mais qu'il est "trop clivant". Seule certitude : "il sera au micro de RTL jusqu'à la fin de la saison", note Le Monde.

La rumeur enfle. Marine Le Pen s'en mêle, apportant son soutien au chroniqueur. "Si l'information se confirme, le débarquement d'Eric Zemmour de la station de radio RTL constituerait une grave atteinte au pluralisme des opinions dans les médias", écrit la présidente du Front national dans un communiqué publié dimanche.

Acte V : Zemmour persiste et contre-attaque

"Vous savez, il y a dans ce pays des professionnels du choquage, de l'indignation tarifée", a déclaré l'éditorialiste lundi 28 mai dans ce qui a été présenté comme "une mise au point nécessaire" par le journaliste Vincent Parizot. Selon Zemmour, ces "Torquemadas de café du commerce" (du nom d'un inquisiteur espagnol) "passent leur temps à vous faire des procès d'inquisition".

Le journaliste a alors défendu son opinion. "Vous savez, quand j'attaque Taubira, c'est ni la femme que j'attaque, ni encore moins évidemment la femme noire que j'attaque", a assuré le chroniqueur. "Je fais une analyse politique, idéologique, et les personnes ne sont pas en cause (…). Je pense que ce n'est plus aujourd'hui, comme au XIXe siècle, la femme qui est diabolisée, mais l'homme. On peut ne pas être d'accord avec moi, ça ne me dérange pas", a encore dit Eric Zemmour avant d'entamer sa chronique du jour, sur l'Egypte.

Puisque la meilleure défense est l'attaque, le journaliste a porté plainte contre l'hebdomadaire L'Express pour "rumeurs malveillantes", accusant son chroniqueur Renaud Revel, d'avoir, dans son article, pris part à une campagne qui "vise à faire pression sur RTL en faveur du licenciement" d'Eric Zemmour, selon son avocat Olivier Pardo, interrogé par Le Point.

"Aucune décision n'a été prise, a fait savoir au Point la direction de la station. La grille des programmes de la rentrée est en cours de révision. Il y aura des aménagements comme tous les ans, mais Eric Zemmour finit la saison comme prévu."