I-Télé en grève : "Morandini, c'est juste un déclencheur"

Réunie en assemblée générale, la rédaction d'i-Télé a voté la grève à une très large majorité. Un coup de gueule qui ne se limite pas à l'affaire Jean-Marc Morandini.

Accusé de corruption de mineur aggravée, l\'animateur Jean-Marc Morandini sera finalement à l\'antenne d\'i-Télé, le 17 octobre à 18 heures.
Accusé de corruption de mineur aggravée, l'animateur Jean-Marc Morandini sera finalement à l'antenne d'i-Télé, le 17 octobre à 18 heures. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
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Axel Roux,Thomas BaïettoFrance Télévisions

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Au deuxième étage de l'immeuble de verre, les stores se sont baissés. En pleine assemblée générale, dans la salle d'ordinaire dévolue aux conférences de rédaction, les journalistes d'i-Télé ne veulent pas offrir leurs profils aux photographes qui patientent devant le siège de la chaîne. "Oh là là, ils sont paranos", peste l'un d'entre eux sous la pluie fine.

Du trottoir, on aperçoit cependant des mains qui se lèvent. Il est un peu plus de 11 heures, ce lundi 17 octobre, et la rédaction d'i-Télé vote à une large majorité – 116 voix pour, 17 abstentions, 4 contre – une grève reconductible de 24 heures, pour protester contre l'arrivée de Jean-Marc Morandini à l'antenne, prévue le jour-même à 18 heures.

"Changement de ligne éditoriale déguisé"

L'animateur, mis en examen pour corruption de mineurs, n'est que l'une des raisons de la colère de la rédaction. "C'est un déclencheur, explique à franceinfo Antoine Genton, le président de la société des journalistes de la chaîne, qui assure que ses troupes n'iront pas "s'enchaîner devant le studio" pour éviter que l'émission ne soit diffusée.

"Il n'y pas une obsession anti-Morandini, développe une gréviste. C'est plus un ras-le-bol général dû au manque de moyens et à l'impression que l'on cherche à salir l'image de la chaîne et à imposer un changement de ligne éditoriale déguisé". "Ce n'est pas de gaieté de cœur que la grève a été votée", insiste-t-elle.

"Il est de plus en plus difficile de faire notre métier"

Les griefs contre Vincent Bolloré, l'homme fort du groupe Canal+, sont nombreux : absence de "stratégie claire et précise" pour la chaîne, à une semaine de son changement de nom (elle doit être baptisée "CNews"), vide hiérarchique à la direction de l'information, inquiétude sur l'indépendance par rapport aux intérêts économiques du patron (en Afrique, mais aussi dans les Autolib, etc.), et manque de moyens, avec la suppression de 50 postes en juin. "Il est de plus en plus difficile de faire notre métier", estime Antoine Genton.

Ce lundi, la rédaction ne digère pas de regarder depuis Paris l'offensive contre l'Etat islamique à Mossoul (Irak), à la une de tous les médias. Elle ne comprend pas non plus l'annulation des missions de reportage prévues aux Etats-Unis dans le cadre de la campagne présidentielle. 

Quand on ne va pas à Mossoul, mais qu'on recrute six personnes pour l'émission de Morandini, cela donne une idée du projet

Milan Poyet, journaliste à i-Télé

devant le siège de la chaîne

Les journalistes ne sont pas très optimistes sur l'issue de cette crise. "Maintenant, on attend le retour de bâton, plaisante un gréviste. J'ai du mal à croire qu'il puisse changer d'avis." A l'appel du syndicat +Libres, du groupe Canal+, une manifestation silencieuse est organisée devant le siège de la chaîne pour la première émission de Morandini.