Fin de la grève au "JDD" : Vincent Bolloré "a gagné, au sens où il a fait partir ceux qui lui résistaient", estime l'avocat de la SDJ

Les journalistes grévistes du "JDD" depuis 40 jours ont trouvé un accord avec la direction mardi 1er août, pour négocier des ruptures conventionnelles individuelles.
Article rédigé par France Info
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Une pancarte de gréviste du "Journal du dimanche", lors d'une journée de mobilisation contre l'arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête de la rédaction, le 19 juillet 2023. (BERTRAND GUAY / AFP)

Vincent Bolloré "a gagné, au sens où il a fait partir ceux qui lui résistaient" de la rédaction du Journal du dimanche, estime Jean-Pierre Mignard, l'avocat mandaté par la Société des journalistes du JDD, sur franceinfo mardi 1er août. Il réagit à l'annonce de la fin de la grève de la rédaction du JDD après 40 jours de mobilisation contre l'arrivée de Geoffroy Lejeune, ancien directeur de la rédaction de l'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles. Les journalistes ont trouvé un accord avec la direction pour négocier des ruptures conventionnelles individuelles.

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franceinfo : Que contient l'accord trouvé entre les journalistes et la direction ?

Jean-Pierre Mignard : Cet accord contient évidemment le droit au départ de ceux qui décident de se retirer avec l'ensemble des droits qui leur sont accordés. Disons que ce n'est pas une reddition dans l'honneur. L'honneur, les journalistes l'ont, ce n'est pas une capitulation en rase campagne non plus. Mais enfin, on se retire parce que dorénavant, la rédaction appartiendra à Monsieur Lejeune et aux journalistes qu'il choisira, pour l'essentiel.

Une grande partie de la rédaction s'en va contre un chèque. Est-ce que ça ne veut pas dire finalement que Vincent Bolloré a gagné ?

D'une certaine manière, il a gagné, au sens où il a fait partir ceux qui lui résistaient. Mais quelle était l'alternative ? L'alternative, c'était la grève, le journal qui ne paraît pas, donc l'épuisement financier, l'épuisement social, l'épuisement psychologique. C'était sans fin. C'est pour ça que les journalistes vont se constituer en association. Ils vont être extrêmement actifs et très dynamiques lors des états généraux de l'information. Il faut qu'en France, on prenne acte de ce que l'argent public, via les aides qui sont distribuées aux journaux, ne peut pas être distribué inconsidérément sans constater qu'il y a un consensus.

La question dorénavant, c'est sans doute les procédures et la loi. Il y aura plusieurs possibilités. Ça peut être comme au Monde, avec un droit de veto. Ça peut être la majorité des journalistes comme à Mediapart, qui est protégée précisément des règles capitalistiques classiques. À travers cette bataille, c'est le droit aux lecteurs de bénéficier d'une information la plus objective et la plus impartiale. C'est pour ça qu'on achète des journaux. Après, on peut se faire ses opinions, on peut débattre sur l'événement, mais l'exactitude du fait c'est, en démocratie, majeur.

Dans une tribune, Anne Sinclair écrivait "Geoffroy Lejeune est suffisamment habile pour ne pas faire tout de suite du JDD le futur National hebdo des marinistes, mais il reste quatre ans avant 2027 à une équipe idéologiquement combative". Vous partagez son analyse ?

Elle a tout à fait raison. Quand elle parle d'ailleurs d'une bataille culturelle qui a été engagée par le groupe Bolloré, elle a raison. C'est une conception du monde, c'est une conception de la société, c'est une conception des mœurs, c'est tout cela derrière Monsieur Lejeune et Monsieur Bolloré. Je ne vois pas de compromis possible.

Le seul acte possible, c'est que l'État, quand il distribue ses 400 millions d'euros par an à la presse, s'impose une vérification, un critère : est-ce que les journalistes sont respectés et est-ce qu'actionnaires et journalistes ont trouvé des formules de consensus ? Dans ce cas, on vous aidera, sinon on ne vous aide pas. Je ne vois vraiment pas aujourd'hui comment on peut sortir de cela sans être un peu binaire. Je ne vois pas d'autre solution.

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