Les nouveaux lecteurs de "Charlie Hebdo" veulent "rire, tout simplement"

Un nouveau numéro de l'hebdomadaire est sorti. Après l'engouement suscité par le numéro des "survivants" de janvier, francetv info est allé à la rencontre des lecteurs, à Paris.

Dans un kiosque à journaux parisien, le 25 février 2015.
Dans un kiosque à journaux parisien, le 25 février 2015. (MARTIN BUREAU / AFP)

Le nouveau numéro de Charlie Hebdo est dans les kiosques, mercredi 25 février. Imprimé à 2,5 millions d'exemplaires, contre près de 8 millions pour le numéro des "survivants" du 14 janvier, la vente de ce numéro 1 179 de l'hebdomadaire satirique n'a pas suscité le même engouement, sept semaines après les attentats du mois de janvier.

Porte des Lilas, à Paris (20e arrondissement), Ahmed constate la différence derrière le comptoir de son kiosque : "En janvier, mes 80 exemplaires étaient partis en vingt minutes. Là, en une heure, j'en ai vendu une dizaine." Sur les deux kiosques ouverts place de la République, même constat : une dizaine de Charlie Hebdo sont partis sur la centaine livrée de bon matin. Gérard a tout de même mis quelques exemplaires de côté pour ses habitués : "La dernière fois, j'avais fait le malin et je n'en avais plus au bout de dix minutes." A Châtelet (1er arrondissement) aussi, la matinée démarre doucement au kiosque de la rue de Rivoli. "Ici, le quartier s'anime surtout à partir de 10 heures, et puis c'est les vacances scolaires", explique le kiosquier, qui n'a vendu qu'une quinzaine d'hebdos. 

"J'ai envie de les soutenir"

Les clients de ce nouveau Charlie Hebdo n'ont pas tous le même profil. Il y a les habitués, les novices et ceux qui ont redécouvert l'hebdomadaire à l'occasion des événements. Hervé, un Breton en déplacement à Paris, était abonné il y a quelques années, "et là, avec les événements j'ai eu envie de le retrouver à nouveau""Je ne l'achetais pas beaucoup avant, mais là, j'ai envie de les soutenir", explique aussi Marion, son Charlie Hebdo à la couverture rouge sous le bras, "et je me dis que c'est l'occasion de le découvrir vraiment".

Patrice avait arrêté d'acheter l'hebdomadaire ces dernières années. "Et avec ces 'conneries' je me suis souvenu à quel point c'était vachement bien et surtout rigolo." Jean était un lecteur des premières versions de Charlie. "Ils m'ont longtemps accompagné, puis je ne l'achetais plus car la vie m'avait entraîné ailleurs, vers d'autres combats", explique ce réalisateur d'une soixantaine d'années. Claudine, elle, n'achetait pas l'hebdomadaire avant les événements, mais cette fois, elle a demandé à son marchand de journaux de lui mettre un exemplaire de côté : "Je veux les soutenir, les encourager, leur montrer qu'on est toujours là, car il ne faut pas que l'engouement s'arrête."

"J'espère qu'ils vont continuer à être décapants"

Quelles sont les attentes de ce nouveau lectorat de Charlie Hebdo ? "J'espère que ce sera différent, en souvenir de ceux qui sont partis, cela ne peut plus être comme avant, mais ils doivent garder leur liberté de ton", considère Nathalie, une lectrice assidue du journal. Certains, comme Thomas, craignent pour la qualité des prochains exemplaires : "Je suis un peu orphelin car j'ai perdu 'mon Charb' qui était vraiment mon préféré, donc j'ai peur que ce soit un peu différent." Il avoue ne pas être sûr d'acheter les numéros suivants. 

"J'attends toujours plus d'esprit critique pour faire réfléchir les gens et notre société", confie de son côté Hervé. "J'espère qu'ils vont continuer à être décapants et à remettre en cause la société pour mettre un grand coup de pied dans la fourmilière", dit Jean. Laurent, un fidèle, attend "encore plus d'impertinence"  de la part de Charlie, mais il craint "que certains dessinateurs mettent un frein dans leur liberté de ton. Ensuite, cela va dépendre de la nouvelle génération, vu que la moitié de l'équipe a été décimée".

Il faut que l'impertinence vive pour que "Charlie" vive, si c'est pour faire un journal 'soft', je ne vois pas trop l'intérêtLaurent, lecteur de Charlie HebdoFrancetv info

"J'espère qu'ils auront le courage de continuer malgré les menaces pour faire changer certaines mentalités dans la société française", ajoute Marion. "Je souhaite qu'ils continuent à faire bouger les lignes, mais il ne faut pas qu'ils s'extrémisent eux aussi, mais qu'ils gardent la même ligne", tempère Jérôme. De son côté, Carmen, une Française d'origine chilienne, ne demande qu'une chose au nouveau Charlie Hebdo : "Rire, tout simplement."

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