Ce que l'on sait sur Mourad Hamyd, beau-frère d'un des tueurs de "Charlie Hebdo", soupçonné d'avoir voulu se rendre en Syrie

Cet étudiant de 20 ans, déjà fiché S, a été interpellé le 28 juillet à la frontière bulgaro-turque alors qu'il cherchait vraisemblablement à rejoindre l'Etat islamique en Syrie. Il va être extradé vers la France.

Le commissariat de Charleville-Mézières (Ardennes), où Mourad Hamyd, le beau-frère de Chérif Kouachi, avait été placé en garde à vue, le 8 janvier 2015.
Le commissariat de Charleville-Mézières (Ardennes), où Mourad Hamyd, le beau-frère de Chérif Kouachi, avait été placé en garde à vue, le 8 janvier 2015. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

"Je veux une extradition immédiate vers la France" a déclaré Mourad Hamyd, le beau-frère de Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo en 2015 à Paris, le mercredi 10 août, lors d'une audience à Sofia (Bulgarie).

Le jeune homme, dont la famille vit à Charleville-Mézières (Ardennes), avait été interpellé par les autorités bulgares le 28 juillet après avoir été refoulé par la Turquie. Il est soupçonné d'avoir voulu rejoindre les rangs de l'Etat islamique en Syrie. Voici ce que l'on sait de son parcours. 

Qui est Mourad Hamyd ?

Agé de 20 ans, cet étudiant en première année de Sciences et technologie a déjà fait parler de lui. Lors du massacre perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, il était soupçonné d'être le troisième homme du commando meurtrier. Il avait alors 18 ans et son nom a circulé sur les réseaux sociaux.

Lycéen en terminale S à Charleville-Mézières, il a été placé en garde à vue pendant 48 heures. Pourquoi a-t-il été soupçonné ? Pour deux raisons : tout d'abord, son beau-frère s'appelle Chérif Kouachi, l'un des deux frères terroristes de Charlie, et de plus, le jeune homme était déjà fiché S par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Mais Mourad Hamyd est ressorti libre. Aucune charge ne pesait alors contre lui, et il a été prouvé qu'il était en cours au moment des faits. Dans un entretien à l'AFP, le 10 janvier 2015, il assurait n'avoir eu que des "rapports lointains" avec son beau-frère. Et l'attention autour du lycéen retombe.

Je suis sous le choc, on a dit des choses horribles et fausses sur moi dans les réseaux sociaux alors que je suis un lycéen normal qui vit tranquillement avec ses parents.Mourad HamydAFP

Que lui reproche-t-on ?

Mais le 25 juillet 2016, le jeune homme fait parler à nouveau de lui. Sa famille déclare sa disparition, révèle le JDD le 7 août. De fait, il est interpellé par les autorités bulgares le 28 juillet après avoir été refoulé par la Turquie. Il avait entre-temps été signalé par Paris comme "cherchant à rejoindre l'Etat islamique" et comme "particulièrement dangereux", affirme le parquet bulgare.

Il doit désormais répondre en France du chef "d'association de malfaiteurs en vue de préparation d'actes de terrorisme", selon le mandat d'arrêt européen émis par la justice française. Un délit passible de dix ans de prison. "Les premières exploitations de son ordinateur mettent en exergue qu'il avait consulté à de nombreuses reprises et récemment des sites à consonance djihadiste et en rapport avec la Syrie", souligne le mandat d'arrêt français.

Le jeune homme a qualifié son arrestation "d'injuste" en arrivant dans la salle d'audience. Il affirme : "Je suis déclaré terroriste sur la base d'un seul soupçon".

Etait-il déjà connu des services anti-terroristes ?

Mourad Hamyd était fiché S depuis cinq mois avant sa garde à vue en janvier 2015, dévoile Le Parisien. Selon la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), citée par le quotidien à l'époque : "Mourad Hamyd est apparu au contact de jihadistes français présents en Syrie, laissant augurer un départ pour les rejoindre. Son environnement établit des liens très étroits avec la sphère salafiste jihadiste et son immersion complète dans ce milieu". Et pour les policiers, Mourad Hamyd "fréquente régulièrement le domicile de Chérif Kouachi".

De fait selon Le Monde, qui a consulté des notes déclassifiées de la Direction générale de la sécurité intérieure en novembre 2015, Mourad Hamyd aurait "manifesté le désir" de rejoindre la Syrie en août 2014, sans succès. Mais selon le quotidien, sa fiche n'était pas particulièrement détaillée sur ses intentions à l'époque.
Le jeune homme avait d'abord été repéré par la DGSI pour ses liens avec son beau-frère, mais Mourad Hamyd aurait également été membre d'un réseau social islamiste suisse nommé Ansar-Ghubara, toujours selon Le Parisien. Sous un pseudo, il aurait ainsi partagé des images de propagandes de l'Etat islamique. Et c'est par le biais de ce site qu'il serait entré en contact avec des jihadistes français partis en Syrie. De plus, en novembre 2014, il a été identifié comme cogestionnaire d'une page Facebook  Al Haqq Media, soupçonnée de servir de "lien de communication et de soutien financier" à des membres incarcéré du groupuscule islamiste Forsane Alizza (dissous en 2012).