Al Qaïda au Yémen "est une des branches les plus anciennes, les plus puissantes", affirme le journaliste Wassim Nasr

"Al Qaïda est sur des attentats beaucoup plus élaborés et ciblés, comme avec l'attaque de Charlie Hebdo", explique ce spécialiste des groupes jihadistes. "Ce sont les moins 'performants' qui vont du côté de l'État islamique".

De droite à gauche, les portraits de Bernard Maris, Wolinski, Tignous, Charb et Cabu, décédés lors de l’attaque de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
De droite à gauche, les portraits de Bernard Maris, Wolinski, Tignous, Charb et Cabu, décédés lors de l’attaque de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Peter Cherif est de retour en France et derrière les barreaux, quelques jours après son arrestation à Djibouti. Il a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle en récidive et placé en détention provisoire au sujet de son séjour au Yémen à partir de 2011, où il serait devenu un cadre d'Al Qaïda. Lui et les frères Kouachi se revendiquent de l'AQPA, branche d'Al Qaïda au Yémen.

Invité de franceinfo jeudi 27 décembre, Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des groupes jihadistes, s'est exprimé sur cette branche spécifique d'Al Qaïda. "C'est une des branches les plus anciennes, les plus puissantes", a-t-il affirmé, expliquant que le dernier attentat en date de l'organisation était "celui de Charlie Hebdo"

franceinfo : Les activités d'Al Qaïda au Yémen sont appelées AQPA, Al Qaïda dans la péninsule arabique... Est-ce une branche particulière d'Al Qaïda ?

Wassim Nasr : C'est une des branches les plus anciennes, les plus puissantes. À la base, elle devait être entre l'Arabie Saoudite et le Yémen en 2009, puis après des efforts de l'autorité saoudienne, elle a été repoussée vers le Yémen. Elle est considérée par les Américains comme une des branches les plus dangereuses parce qu'ils avaient des capacités humaines assez performantes en termes d'explosifs et de fabrication d'explosifs qui restaient indétectables, et qui constituaient un vrai danger. Il y a eu plusieurs attentats avec des innovations d'explosifs qui ramenaient tous vers cette branche d'Al Qaïda dans la péninsule arabique. Le dernier attentat en date, c'est celui de Charlie Hebdo qui était commandité par ce groupe. Ils ont aussi commandité des attentats contre les Américains comme en 2009. C'est donc une des branches les plus à même de conduire des attentats à l'étranger et en Occident.

En France, on associe cette vague d'attentats à partir de 2015 à Daech, mais l'attaque de Charlie Hebdo est en fait liée à Al Qaïda ? Les frères Kouachi se revendiquaient-ils d'Al Qaïda au Yémen ?

Tout à fait. J'avais suivi l'affaire en janvier 2015. J'avais interviewé le numéro trois du groupe de l'AQPA. Un des communicants de l'organisation m'avait envoyé un communiqué en anglais, disant que c'était eux derrière l'attentat de Charlie Hebdo. C'était un communiqué interne au groupe. J'ai ainsi eu confirmation que Saïd Kouachi est allé au Yémen, sans pour autant savoir qui il a rencontré dans la hiérarchie de l'organisation. Mais j'ai pu savoir, par ces contacts, que le plan était d'attaquer Charlie Hebdo mais qu'il n'y avait pas de plan B. C'était une attaque commanditée avec très peu de moyens. C'était le dernier coup d'éclat du groupe.

Est-il surprenant qu'il n'y ait pas eu d'autres attaques ensuite, alors que Daech revendique pratiquement chaque acte commis depuis novembre 2015 ?

Je suis les groupes de très près. Al Qaïda et l'État islamique ne fonctionnent pas pareil. Al Qaïda est sur des attentats beaucoup plus élaborés et ciblés, qui demandent du temps pour être préparés, comme avec l'attaque de Charlie Hebdo. Pour l'État islamique, ce sont des appels à des attaques aléatoires avec les moyens du bord. Ceci dit, il faut rappeler qu’Al Qaïda était la première organisation à appeler à ce genre d'attaque. Ce sont les moins "performants" qui vont du côté de l'État islamique. Ceux qui sont dans une sorte de préparation en amont vont du côté d'Al Qaïda.