"Pour moi, c'était un métier poussiéreux" : être notaire, trois ans après la réforme Macron et l'ouverture à la concurrence

Trois ans après la réforme initiée par le ministre de l'Économie de l'époque, Emmanuel Macron, près de 1 650 nouveaux notaires ont pu s'installer librement en France.

L\'emblême d\'un office notarial à Caen (Calvados), le 22 août 2007.
L'emblême d'un office notarial à Caen (Calvados), le 22 août 2007. (MYCHELE DANIAU / AFP)

En 2015, les notaires manifestaient partout en France contre l'ouverture à la concurrence de leur secteur. Trois ans plus tard, la réforme initiée par Emmanuel Macron, lorsqu'il était ministre de l'Économie, commence à porter ses fruits. Près de 1 650 nouveaux notaires ont pu s'installer librement sur une partie du territoire. La profession compte désormais plus de femmes et plus de jeunes.

Moi, concrètement, je m'étais fait une raison en me disant que je ne pourrais pas m'installer parce que je n'étais pas issu du sérail.Lionel Pain
notaire
à franceinfo

À 32 ans, Lionel Pain est désormais son propre patron. Une aventure que ce jeune notaire était loin d'imaginer il y a encore quelques années. Originaire de Seine-Saint-Denis, issu d'un milieu modeste, sans apport personnel, ni piston familial, il pensait qu'il ne pourrait jamais monter son office dans cette profession très réglementée.

"Concrètement, il y avait deux possibilités", explique le notaire. Soit il rachetait "un droit à l'installation, mais il faut pouvoir être choisi par le cédant, parce que les places sont chères. Il y a beaucoup de candidats qui sont plus ou moins aisés qui ont déjà de l'apport, qui ont déjà certaines facilités", décrypte Lionel Pain. La seconde option "était de postuler à un concours qui était organisé par la profession, tous les 2-3 ans, avec à la clé une quinzaine d'installations possible sur toute la France."

La troisième voie ouverte par la réforme Macron

Et puis la réforme Macron ouvrant l'accès à la profession est arrivée. Lionel Pain, notaire assistant à Drancy, s'est laissé convaincre par une associée de se lancer dans l'aventure. "On a fait plusieurs études de marché, il s'avère que mon associée est originaire de la région et elle avait ciblée cette ville de 25 000 habitants où il n'y avait pas de notaire", raconte le jeune notaire.

En janvier 2018, ils ont ouvert leur étude à Coudekerque-Branche, dans le Nord. Avec succès dit-il : "Concrètement, il y avait une demande. On l'a joué petit bras au départ en se disant : 'On va vivre peut-être deux années très très difficiles'." Mais il n'en est rien. "Au bout de 7 mois, on a déjà notre première embauche qui est prévue ce mois-ci. Aujourd'hui, lorsque je me lève le matin, je sais que je travaille pour moi, il faut que je pérennise mon activité, mon entreprise", explique Lionel Pain.

Il aurait pu en être tout autrement

Lionel Pain, passionné par son métier, a pourtant failli ne pas être notaire. Ses tout premiers stages l'avaient profondément démotivé : "Pour moi, c'était un métier poussiéreux." Lors de sa première expérience en étude, "on entendait le notaire marcher sur le parquet. Vraiment, c'était une image du notable du XIXe siècle", se remémore le jeune notaire.

Dans l'étude, "on était un peu cloisonné, donc il y avait le notaire d'un côté et les salariés de l'autre". L'ambiance n'était pas très réjouissante. "C'était des gens qui était mal payés, qui subissaient un peu leur métier. Ils allaient travailler avec la boule au ventre. Ils ne transpiraient pas la joie", relate Lionel Pain qui "devait avoir 20 ans, 21 ans", un âge où on a "envie de tout casser, d'avoir un métier qui bouge". C'est cette expérience qui l'a "un peu freiné au départ". Aujourd'hui, Lionel Pain a tout cassé et dit pratiquer le notariat tel qu'il l'aime.

L'Autorité de la concurrence préconise désormais l'installation de 700 nouveaux notaires supplémentaires d'ici 2020. Le gouvernement donnera sa réponse à la rentrée.

Notaire, trois ans après la réforme Macron - reportage de Sarah Lemoine
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