Vidéo "Cash Investigation" explique pourquoi moins de 3% des pots de yaourt sont recyclés

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VIDEO. "Cash Investigation" explique pourquoi moins de 3% des pots de yaourt sont recyclés
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Les Français sont les deuxièmes plus gros mangeurs de yaourt au monde, avec 128 pots par an et par habitant, soit plus de 8,5 milliards consommés chaque année. Une infime minorité est recyclée parce qu'il est compliqué et peu rentable de donner une seconde vie à cet emballage… Extrait de "Déchets : la grande illusion", une enquête de Claire Tesson diffusée jeudi 11 novembre 2021 à 21 heures sur France 2.

Deux ingénieurs experts du recyclage décortiquent Le Petit Cashé, "le yaourt aux vrais morceaux de déchets" concocté par le magazine "Cash Investigation" (Facebook, Twitter, #cashinvestigati). En premier lieu l’étiquette : "C’est du papier avec de l’encre. Il y a du polypropylène qui permet à l’étiquette de ne pas se déchirer et de la colle, qui est du polyéthylène téréphtalate glycolisé...", analyse Lise Nicolas, cofondatrice du bureau d'étude en ingénierie environnementale M & Mme Recyclage. Encre, papier, polypropylène, polyéthylène téréphtalate glycolisé, polystyrène standard, polystyrène expansé, et aluminium : sept matériaux en tout ! Voilà pourquoi les recycleurs de plastiques en France ont décidé… de ne pas recycler le pot de yaourt.

"Quand on a des couches aussi fines, avec très peu de matière, donc très peu de valeur à la revente, et qui sont autant intriquées (cela veut dire qu’elles sont très difficiles à séparer), ce n’est pas du tout intéressant économiquement, en terme de rentabilité, de chercher à recycler ce genre de matière. C’est quelque chose qui est uniquement destinée à être jeté comme un déchet", précise Enzo Muttini, cofondateur de M & Mme Recyclage. Moins de 3% des pots de yaourt sont recyclés, selon l’entreprise à mission CITEO, un acteur français de la Responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les papiers et les emballages ménagers.

"Ce n’est pas du recyclage. C’est juste de la déculpabilisation"

Alors, en quoi les pots de yaourts sont-ils transformés ? Après avoir été nettoyés et broyés en granulés, ils sont mélangés à du plastique neuf pour devenir des cintres ou des petits pots de fleurs… mais pour Nathalie Gontard, directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), il ne s’agirait pas ici de recyclage : "Le recyclage consiste à régénérer un matériau, c’est-à-dire à lui redonner ses propriétés d’origine. En réalité, il ne s’agit pas de recyclage. C’est ce que j’appelle du 'décyclage'. Au cours de ces procédés de recyclage, le plastique se dégrade légèrement, donc le matériau n’a pas les mêmes propriétés que celles d’origine. Il faut le traiter différemment ou lui trouver de nouveaux débouchés, et donc remplacer par du plastique des matières qui ne posaient pas de problèmes jusqu’à présent."

"C’est le cas du cintre : on ne va pas utiliser du bois mais du plastique décyclé, poursuit la scientifique. C’est le cas du pot de fleurs : on ne va plus utiliser de la terre cuite, qui ne posait pas de problèmes environnementaux, mais du plastique décyclé. Ce n’est pas avec cette forme de soi-disant recyclage que l’on va résoudre le problème des déchets plastiques et de leur dangerosité. Ce n’est absolument pas du recyclage ni de l’économie circulaire. C’est juste de le déculpabilisation."

Extrait de "Déchets : la grande illusion", une enquête de Claire Tesson diffusée jeudi 11 novembre 2021 à 21 heures sur France 2.

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