Un nouveau repreneur pour les ex-Whirpool d'Amiens : "C'est une véritable catastrophe", estime leur avocat

L'entreprise rachetée il y a un an a été reprise mardi par Ageco Agencement. Seulement 44 salariés sur 138 sont conservés. Ils ont le sentiment "d'avoir été enfumés", juge Fiodor Rilov, leur avocat.

Des salariés de WN manifestent à Amiens le 26 juillet 2019. Banderole \"Whirlpool nous a lessivé - WN nous a essoré\". 
Des salariés de WN manifestent à Amiens le 26 juillet 2019. Banderole "Whirlpool nous a lessivé - WN nous a essoré".  (CLAUDIA CALMEL / FRANCE-BLEU PICARDIE)

Seulement 44 emplois sauvés sur 160 pour les ex-Whirpool d'Amiens. Le tribunal de commerce a validé l'offre de reprise d'Ageco Agencement, un an après l'échec de la reprise par la société WN. À l'époque, les salariés étaient 282. Fiodor Rilov, leur avocat, parle mardi 30 juillet sur franceinfo de leur "colère", leur "sentiment d'avoir été enfarinés". "Ils ont engagé des actions dont on m'a confié la charge pour faire toute la lumière sur ce qui s'est réellement passé et engager la responsabilité de ceux qui sont à l'origine de ce qu'on peut appeler une manipulation", annonce l'avocate.

franceinfo : Quel est le sentiment des salariés après cette annonce ?

Fiodor Rilov : C'est surtout la colère qui règne parmi les salariés parce qu'ils ont le sentiment d'avoir été enfumés. Il y a douze mois, on leur promettait un miracle industriel. Monsieur Macron est venu à plusieurs reprises apporter son soutien à cette opération, c'était le premier fan de Monsieur Decayeux [le repreneur]. Le résultat des courses, c'est une véritable catastrophe. Tout le monde va être licencié ou quasiment tout le monde et ils demandent justice aujourd'hui.

Le tribunal de commerce a validé une deuxième reprise, la reprise de la reprise, mais ça ne concerne qu'une toute petite minorité du personnel. Près de 150 salariés vont être licenciés et par un liquidateur, dans les pires conditions. Donc non, aujourd'hui, ils ne sont pas du tout contents. Ils ont engagé des actions dont on m'a confié la charge pour faire toute la lumière sur ce qui s'est réellement passé et engager la responsabilité de ceux qui sont à l'origine de ce qu'on peut appeler une manipulation.

Y a-t-il eu des manquements du côté du dirigeant, selon vous ?

Depuis le début, depuis que Whirpool a transmis l'usine à WN, nous demandons à ce que le plan d'affaires, le projet industriel nous soit montré. Personne n'a jamais voulu nous le montrer à tel point que nous nous demandons aujourd'hui s'il existe vraiment. Quand on voit que d'un côté, Whirpool a donné plusieurs millions d'euros à WN, que de l'autre côté, Emmanuel Macron est venu apporter un soutien absolument inconditionnel à ce projet, on se demande vraiment s'il n'y a pas là une manipulation.

Que voulez-vous savoir aujourd'hui ?

Aujourd'hui, la question fondamentale est : qu'est-ce qu'il s'est réellement passé pendant douze mois dans cette usine ? Nous savons qu'il n'y avait pas de travail donné aux salariés puisqu'on leur a demandé pendant des semaines et des semaines de garder le silence sur le fait qu'on ne leur donnait pas de travaux à accomplir. On leur demandait simplement de temps en temps de tondre la pelouse. C'était ça la réalité et on a demandé aux salariés de la dissimuler. Nous voulons maintenant l'ensemble des documents permettant de savoir où est allé l'argent, qui a contribué à ce que l'enfarinade puisse tromper des centaines de salariés à l'intérieur de l'usine, mais aussi parmi les sous-traitants. Les responsables seront poursuivis quels qu'ils soient.