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"Laissez-nous continuer à vivre notre vie tout seuls, on s'en sort très bien !" : les salariés de Suez manifestent contre le projet de rachat par Veolia

Au moins 300 salariés du groupe Suez ont manifesté au pied de leur tour à la Défense à Paris mardi matin contre le projet de rachat par Veolia. L'objectif est de créer un "champion mondial de la transformation écologique" mais les salariés redoutent une casse sociale.

Article rédigé par
Victor Vasseur - Raphaël Ebenstein
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Les salariés de Suez ont distribué des tracts devant la tour de Paris-La Défense, contre le projet de rachat de Véolia, le 8 septembre 2020. (VICTOR VASSEUR / RADIO FRANCE)

"Il est hors de question que cette OPA débouche sur une boucherie sociale !" Des centaines de salariés de Suez ont manifesté au pied de la tour du groupe à la Défense, mardi 8 septembre, pour protester contre le projet d'OPA (Offre Publique d'Achat) lancé par leur concurrent Veolia. Un projet qui pourrait entraîner selon eux des milliers de suppressions d'emplois. Au même moment, des débrayages ont eu lieu partout en France sur les sites du géant de la gestion de l'eau et des déchets.

"Les synergies lors d'une OPA ou d'une fusion, on sait très bien ce que c'est. C'est de la casse sociale, des pertes d'emploi, des suppressions de postes" déplore Franck Reinhold, syndicaliste à la CGT. "Trouvez-moi une opération de cette ampleur où il n'y a pas eu de doublons ou de casse sociale, je suis preneur, mais historiquement, je n'en vois pas, remarque-t-il. Toutes les dernières grosses fusions chez Lafarge, ou d'autres groupes de cette taille là, ça finit généralement très, très mal pour l'un des deux partis."

Les salariés de Suez débrayent devant la tour de Paris-La Défense contre le projet de rachat de Véolia, le 8 septembre 2020. (VICTOR VASSEUR / RADIO FRANCE)

Des propos du gouvernement mal perçus

Syndicats et direction n'ont pas défilé bras dessus-bras dessous, mais les dirigeants de Suez "soutiennent" l'initiative des syndicats selon des sources proches du dossier. Une action qui servait surtout à interpeller le gouvernement plutôt que de faire grève à proprement parler. Les propos du ministre de l'Économie Bruno Le Maire ou du Premier ministre Jean Castex sur un rapprochement Suez-Veolia qui "ferait sens" ont été mal perçus en interne. Pour Sylvie, depuis 25 ans dans l'entreprise, c'est tout l'inverse. "Aujourd'hui, c'est tout à fait en contradiction avec ce qu'on peut entendre de la part du gouvernement, affirme-t-elle. On parle de relance, d'emplois, et nous derrière, on a très, très peur sur la suite."

Pour Wilhem Guette, coordinateur CGT chez Suez, cela signifierait au moins 2000 suppressions de postes quasi immédiates dans les fonctions administratives. "On sait très bien qu'il va y avoir des doublons dans certains métiers, et tous ces gens là s'inquiètent de savoir ce qu'ils vont faire demain", déplore le syndicaliste.

Les promesses de M. Le Maire ou de M. Castex, qui feront attention à préserver l'emploi, on n'y croit pas du tout.

Wilhem Guette, coordinateur CGT chez Suez

à franceinfo

Au-delà, syndicats et direction redoutent surtout un démembrement complet de Suez, avec la vente forcée de l'activité historique de traitement des eaux en France à un fonds d'investissement, car un regroupement avec Veolia créerait une situation de monopole. Au total, 11 000 emplois sont en jeu, soit un tiers des effectifs de Suez dans l'Hexagone. Cette OPA de Veolia, elle est aberrante, incroyable, et sans avenir estime Pierre Salin, de la CFTC : "La concurrence, ce sera zéro demain, ce sera Veolia. Le choix du roi, plus de concurrence, donc des difficultés à innover, à maîtriser le prix de l'eau aussi probablement."

Les salariés de Suez débrayent devant la tour de Paris-La Défense, contre le projet de rachat de Véolia, le 8 septembre 2020. (VICTOR VASSEUR / RADIO FRANCE)

Véronique ne comprend pas pourquoi le Premier ministre donne son feu vert. Accepter le rachat, c'est aller droit dans le mur confie cette salariée. Selon elle, Suez a les épaules assez larges pour continuer tout seul. "Le champion soit-disant mondial ne sera pas si fort que ça et pourra, à son tour, se faire manger par des étrangers cette fois, et alors là, au lieu d'avoir deux champions en France, on n'en aura plus du tout, juge-t-elle. Laissez-nous continuer à vivre notre vie tout seuls, on s'en sort très bien !" Du côté de la direction de Suez, l'offre de Veolia est aberrante, et funeste pour la France.

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