Combien va vous coûter la hausse de la TVA au 1er janvier ?

Jean-Luc Mélenchon appelle à défiler, dimanche, contre la hausse de la TVA, prévue au 1er janvier. Quel sera l'impact de cette augmentation ? Francetv info a effectué trois simulations, de la famille de quatre personnes au célibataire.

En plein ras-le-bol fiscal, nombreux sont ceux qui, au sein de la majorité, redoutent que ce soit "la goutte de trop". Au 1er janvier, le taux réduit de TVA restera à 5,5%, mais le taux intermédiaire passera de 7% à 10%, et le taux principal passera de 19,6% à 20%. Deux augmentations qui font craindre une hausse des prix. Selon les premiers calculs de l'Insee, la hausse du 1er janvier devrait déboucher sur une augmentation moyenne des prix d'environ 0,35%.

Pour tenter d'avoir un ordre d'idée assez concret, francetv info a donc choisi de faire trois simulations mensuelles, avec trois types de ménages différents. Résultat : même en cas de répercussion intégrale de la hausse de la TVA sur les prix, l'impact en fin de mois resterait relativement limité (+0,6% à +0,8%). 

(MAXPPP)

Exemple 1 : un célibataire parisien, dépensant 2 200 euros par mois

Julien a 29 ans et habite à Paris. Lui qui voyage beaucoup risque d'être assez fortement touché par le passage du taux de TVA dans les transports publics, de 7% à 10%. Si la SNCF reporte intégralement la hausse sur le prix du billet, son aller-retour en TGV à Marseille lui coûtera, par exemple, près de 4 euros plus cher au 1er janvier. Son abonnement de métro risque, lui aussi, de lui coûter quelques euros de plus tous les mois…

Alors comment ces entreprises de transport en commun répercuteront-elles la hausse de la TVA ? Spécialiste de l'économie des transports, Yves Crozet, interrogé par Terra Eco, estime que "la répercussion de la TVA sur le prix du billet sera quasiment automatique, car ni les opérateurs, ni les collectivités ne voudront assumer ce coût". Mais pour Claude Faucher, délégué général adjoint de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP), "à trois mois des municipales, la tendance ne sera sans doute pas à l’augmentation tout de suite. Certains réseaux ont déjà annoncé que la discussion se fera au printemps pour une augmentation au 1er juillet." 

Exemple 2 : un couple avec deux enfants, dépensant 2 700 euros par mois

Laura et Olivier, 37 ans, ont deux enfants et habitent à Nantes. Seront-ils fortement impactés par la hausse de la TVA au 1er janvier ? Classée à droite, l'association Familles de France parle d'"un impôt injuste pour les familles, en particulier nombreuses", alors que "les familles sont à l'origine de la consommation, et donc de la croissance"

Selon une étude menée en 2008 pour l'Insee, les 10% de ménages les plus pauvres consacrent 11,52% de leur pouvoir d'achat à la TVA, alors que les 10% les plus riches n'y consacrent que 5,92%. Autrement dit, plus une famille est aisée, moins elle est touchée par la hausse de la TVA. Et a contrario, plus son niveau de vie est faible, plus elle est concernée…   

Exemple 3 : un couple de retraités, dépensant 900 euros par mois

Marie-Odile et Gérard, eux, ont 71 ans. Ils ont tous les deux une retraite moyenne, et ont recours à plusieurs services à la personne : plusieurs fois par mois, ils se font, par exemple, livrer des repas à domicile, font appel à une entreprise pour faire le ménage et le repassage… Des services qui vont voir leur taux de TVA augmenter au 1er janvier de 7% à 10%.

Or, "le secteur des services à la personne est l’un de ceux qui se révèlent les plus sensibles aux hausses de taxes, du fait de la faiblesse des marges dégagées", souligne Le Nouvel Economiste. Par conséquent, "la moindre augmentation décidée par les pouvoirs publics ne peut qu’être répercutée sur le prix facial des services". Marie-Odile et Gérard devront donc faire un choix : soit payer davantage, soit avoir moins recours aux services à la personne, soit – comme le craignent les entreprises du secteur – se tourner vers le travail au noir...

Conclusion : un impact non négligeable sur la consommation des ménages

Les économistes sont unanimes : il est pour l'instant difficile d'anticiper l'impact précis de la hausse de la TVA sur les prix. "En théorie, l'impact en cas de répercussion intégrale serait une hausse des prix de 0,5%. Mais en pratique, la répercussion n'est jamais intégrale, souligne Cédric Audenis, chef du département conjoncture de l’Insee, contacté par francetv info. En moyenne, elle devrait en réalité se situer autour de 70%." Auteur d'une étude sur la question en 2008, l'économiste Clément Carbonnier précise que, d'après ses observations empiriques, la répercussion sur les prix sera proche de 100% dans les services ou sur les boissons alcoolisées, alors qu'elle sera plutôt de l'ordre de 66% dans l'hôtellerie-restauration, et de 50% sur les biens industriels. 

Résultat : les prix ne devraient pas augmenter en moyenne de 0,5%, mais de 0,35%. Et encore. "Au 1er janvier, le crédit d'impôt compétitivité va redistribuer 20 milliards d'euros aux entreprises. Celles-ci pourront alors augmenter leurs marges, embaucher davantage, ou baisser les prix. Et à l'Insee, nous nous attendons à un impact à la baisse sur les prix", fait valoir Cédric Audenis.

Une chose est sûre : alors que le pouvoir d'achat des ménages a déjà reculé de 0,9% en 2012 – du jamais vu depuis 1984 –, cette augmentation de TVA, même limitée, va bel et bien peser un peu plus sur le porte-monnaie des Français, en particulier celui des ménages les moins aisés. Et l'impact sur l'économie ne sera pas négligeable. Selon les premiers calculs de l'Insee, la consommation des ménages devrait progresser d'environ 0,8% en 2014 en raison de la hausse de la TVA, alors qu'elle aurait pu atteindre 1,15% si cette augmentation n'avait pas eu lieu. Pas vraiment de quoi faciliter le sacro-saint retour de la croissance.