Baisse des aides, régulation "très timide"... Sur le logement, la Fondation Abbé Pierre dresse un bilan critique du quinquennat Macron

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Une affiche de campagne d'Emmanuel Macron partiellement déchirée, le 9 mai 2017, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Dans son rapport annuel sur le mal-logement, l'association alerte sur une "crise qui vient", fruit des "attaques" contre le secteur HLM et les locataires modestes depuis cinq ans.

Pour elle, le logement a été un "parent pauvre du quinquennat". La Fondation Abbé Pierre dévoile un bilan amer du mandat d'Emmanuel Macron, mercredi 2 février, dans son 27e rapport annuel sur l'état du mal-logement en France. Malgré quelques avancées en faveur des sans-domicile et "le décollage de la rénovation énergétique", le quinquennat a été marqué, selon l'association, par "des coupes budgétaires inédites", des "attaques" contre le logement social et des "atermoiements" face à l'envolée du marché immobilier. 

Incapable de tenir sa promesse d'un "choc de l'offre" d'habitations qui aurait dû faire baisser les prix, le président a finalement "dessiné un cadre plus propice au creusement des inégalités qu'à la lutte contre le mal-logement ou l'exclusion", assène la Fondation, dans ce document de 360 pages, consulté par franceinfo.

Les APL et le logement social fragilisés

Au cours du mandat, la part des dépenses publiques pour le logement a reculé, passant de 1,82% du PIB en 2017 à 1,63% en 2020. "Depuis 1984, l'effort public pour le logement n'a jamais été aussi faible", relève l'association. La Fondation Abbé Pierre y voit le fruit d'un désengagement de l'Etat dans son soutien aux ménages modestes. Dès 2017, en réduisant de cinq euros le montant mensuel des aides personnalisées au logement (APL), puis en rognant par divers moyens sur ces APL, l'exécutif a réalisé des économies "faramineuses", chaque année plus importantes.

"Sur le quinquennat, ce sont près de 15 milliards qui ont ainsi été ôtés aux plus modestes [en puisant dans les APL]."

La Fondation Abbé Pierre

dans son rapport 2022 sur l'état du mal-logement en France

Un autre "pilier de la politique du logement" a vu son budget raboté : le logement social. "Entre 2018 et 2022, l'Etat aura privé les organismes HLM de six milliards d'euros", une "somme considérable" qui aurait pu permettre de "construire plus de 200 000 logements sociaux supplémentaires dans cette période", selon l'association. Malgré une hausse de la demande, le nombre de nouvelles constructions a reculé dans le parc social, au détriment notamment des jeunes : "Sur les 60 000 logements [étudiants] promis, seuls 30 000 seront produits à la fin du quinquennat."

Une réponse "très timide" à la flambée des prix

Tous secteurs confondus, "la production de logements s'est affaissée", enfonce la Fondation, tout en reconnaissant le rôle aggravant de la crise du Covid-19. "La pénurie de logements dans les zones tendues a donc perduré, voire s'est accrue, se traduisant par des prix à l'achat et à la location insoutenables pour les classes populaires et moyennes."

Dès lors, face à un parc social engorgé, comment permettre à chacun de se loger, notamment dans les métropoles ? "Le gouvernement a suivi une politique très timide en matière d'encadrement des loyers", regrettent les auteurs. La régulation des locations de type Airbnb, qui accentuent la pénurie, est aussi jugée insuffisante. Idem pour les sanctions contre les villes ne respectant pas les critères de 20 ou 25% de logements sociaux.

Encore 600 000 logements indignes

Concernant l'amélioration de l'habitat, le bilan est mitigé. L'association note un "retour bienvenu des crédits d'Etat pour la rénovation des logements sociaux". Côté privé, elle salue le remplacement du crédit d'impôt pour la transition énergétique par MaPrimeRénov, "qui évite aux ménages de faire l'avance de l'aide de l'Etat". Pour autant, le reste à charge pour les particuliers demeure important et les dispositifs d'aide encouragent trop peu une rénovation globale des logements, pourtant plus efficace. 

Sur un volet plus extrême, la lutte contre les bâtiments les plus inadaptés, dégradés ou dangereux patine : moins de 20 000 cas ont été pris en charge chaque année, un niveau "modeste au regard des 600 000 logements indignes environ restant en France".

Le fléau persistant du mal-logement

La question du mal-logement, cœur de l'engagement et de l'expertise de la Fondation Abbé Pierre, est loin d'avoir été résolue. Selon les estimations de l'association, un "noyau dur" de 4,1 millions de personnes mal-logées subsiste. On y retrouve notamment 300 000 sans-domicile, qui vivent et dorment dans la rue, à l'hôtel ou encore en hébergement d'urgence, un chiffre qui a doublé en dix ans. A ce premier cercle s'ajoutent plus de 10 millions de personnes "fragilisées par rapport au logement", qui sont confrontées à des impayés de loyer, à des situations de surpeuplement ou encore contraintes de vivre dans le froid chez elles.

"Près de 15 millions de personnes sont touchées, à un titre ou à un autre, par la crise du logement."

La Fondation Abbé Pierre

dans son rapport 2022

Le rapport publié mercredi met en avant un pan de l'action gouvernementale qui a permis d'éviter des chiffres encore plus élevés. Un plan quinquennal en faveur des sans domicile, baptisé "Logement d'abord", a été lancé en 2018 autour d'une ligne directrice : "La priorité est donnée au logement comme condition première à l'insertion." Un logement pérenne a été attribué à 280 000 personnes en trois ans, si bien que "les indicateurs de relogement des personnes sans abri ou sortant d'hébergement sont en augmentation", salue l'association.

Alerte sur une "crise qui vient"

Malgré des "petits pas" et des "petits gestes" ici ou là, "de nombreuses mesures adoptées ces dernières années ont contribué à aggraver la situation" du logement en France, résume la Fondation Abbé Pierre. L'heure n'est guère à l'optimisme chez les auteurs, qui disent "redouter une 'crise qui vient'". Dans un contexte d'accroissement démographique, de hausse des prix et de "chute de la construction de logements sociaux", le cocktail devient de plus en plus explosif.

Accusant les responsables politiques de ne pas "suffisamment prendre en compte l'ampleur de cette crise", la Fondation Abbé Pierre appelle à "prioriser la production de logements très sociaux", "réguler les marchés en encadrant les loyers" ou encore "redistribuer les richesses issues de la rente foncière et immobilière". Autant de propositions qu'elle soumettra, mercredi, au Palais des congrès de Paris, à la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, et à plusieurs candidats à la présidentielle, dont Valérie Pécresse, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. Après l'heure du bilan vient l'heure de la mobilisation générale.

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