Pourquoi Alstom est de nouveau en difficulté

Le groupe français a déjà dû être secouru par l'Etat français en 2003-2004. 

Des salariés d\'Alstom interviennent sur une pièce d\'un réacteur de la centrale nucléaire du Blayais, à Braud-et-Saint-Louis (Gironde), le 27 septembre 2006. 
Des salariés d'Alstom interviennent sur une pièce d'un réacteur de la centrale nucléaire du Blayais, à Braud-et-Saint-Louis (Gironde), le 27 septembre 2006.  (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)
Certains y voient la disparition prochaine d'un fleuron de l'industrie française. Les négociations autour du rachat de la branche énergie d'Alstom traduisent la mauvaise santé financière du groupe, spécialisé dans les transports et la production d'énergie. Alstom avait déjà dû être secouru par l'Etat en 2003-2004. Pourquoi essuie-t-il de nouvelles difficultés ? Francetv info fait le point. 

Parce qu'il est concurrencé dans plusieurs secteurs 

"Trop petit, trop européen, Alstom se cherche une porte de sortie, alors que le marché des centrales thermiques est en berne en Europe et que la concurrence avec les acteurs des pays asiatiques se développe sur la scène mondiale", analysent Les Echos. Slate abonde : "Face à de nouveaux compétiteurs (coréens, chinois, mais aussi espagnols ou canadiens…) qui grandissent, il subit les échecs français comme dans la grande vitesse ferroviaire (en Chine ou en Arabie saoudite) et le nucléaire (à Abou Dhabi)."  
 
Résultat, plusieurs de ses filères souffrent : l’activité thermique, les énergies renouvelables, le pôle transport... Dans un rapport interne révélé par Les Echos, il est écrit qu'Alstom "a peu de marges de manœuvre financières pour ses projets de développement et peu de moyens pour faire le dos rond en attendant des temps meilleurs". Les prédictions sont sombres : le groupe "traverse une période de turbulences commerciales, industrielles et surtout financières. Ni lui, ni ses salariés n’en sortiront indemnes."
 
Le titre Alstom a ainsi été récemment chahuté en Bourse sur fond de rumeurs alarmantes sur sa santé financière. Sa dépréciation boursière a même fait basculer dans le rouge en 2013 les comptes de Bouygues, son actionnaire de référence. Le groupe est par ailleurs engagé dans un plan de suppression de plus de 1 300 postes au niveau mondial. 

Parce qu'il a essuyé des déconvenues stratégiques

Alstom a mal vécu le tournant de l'indépendance. Le groupe s'est retrouvé isolé lorsqu'il a quitté le giron de la Compagnie générale d'électricité et s'est séparé d'Alcatel en 1998. "Il fut, dès l’origine, handicapé par le siphonnage de sa trésorerie par Alcatel avant de l’introduire en Bourse", estime Slate. 
 
En 1999, Alstom cherche alors à s'élargir et crée une coentreprise avec le groupe helvético-suédois ABB dans le domaine des systèmes de production d'énergie. Mais son partenaire rencontre des difficultés techniques, conduisant Alstom à s'endetter trop lourdement. Le groupe est obligé d'appeler l'Etat français au secours. 
 
Pour bénéficier de l'aide des pouvoirs publics, Alstom est de nouveau démantelé : il "est amputé des Chantiers de l’Atlantique, de ses turbines industrielles vendues au concurrent Siemens et de la division T&D (transmission et distribution d’énergie) cédée à Areva", énumère Slate. Sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, l’Etat entre au capital puis cède sa participation de 21% à Bouygues deux ans plus tard, en 2006. 
 
Ce dernier cherche aujourd'hui à céder ses parts. "Bouygues n'a pas les poches assez profondes pour accompagner Alstom dans la durée", analyse l'économiste Elie Cohen dans Les Echos

Parce que la France peine à préserver son industrie  

Les commentaires dans la presse sont acerbes, lundi matin : "Après Péchiney, Arcelor, et plus récemment Publicis ou Lafarge, la France peut-elle laisser partir à l'étranger un nouveau fleuron de son industrie nationale ?" s'interroge Sud Ouest. "On observe une nouvelle fois que l'industrie française poursuit sa lente descente aux enfers", tonne le Journal de la Haute-Marne
 
"Nous n'avons pas la culture des grands conglomérats technologiques comme les Allemands, les Coréens ou les Japonais", observe Elie Cohen dans Les Echos. "Nous avons démantelé les nôtres dans les années 1990-2000 parce que nous avons succombé à une mode, qui voulait que l'on privilégie les 'pure players'", poursuit-il. 
 
Pour éviter le nouveau démantèlement d'un géant de l'industrie française, l'Etat français va-t-il encore une fois entrer au capital d'Alstom ? Lundi, le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg a jugé prématurée la question d'une nationalisation temporaire du groupe.