Qui est Gérard Filoche, le poil à gratter du PS?

Ce membre remuant du bureau national du PS risque d'être sanctionné par son parti après avoir qualifié de "suceur de sang" le patron de Total, mort lundi.

Gérard Filoche participe au conseil national du Parti socialiste, le 13 avril 2013, à Paris.
Gérard Filoche participe au conseil national du Parti socialiste, le 13 avril 2013, à Paris. ( MAXPPP)

Il a refusé de se "joindre au chœur de louanges" et de faire "une apologie" du patron de Total, mort lundi 20 octobre. Le socialiste Gérard Filoche, qui a qualifié Christophe de Margerie de "suceur de sang", au lendemain de son décès, va être convoqué par la haute autorité du PS. "Je pense qu'il a commis une faute, une très grande faute, a commenté, mercredi, le premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, sur RTL. Ça peut justifier toute une série de sanctions."

Membre du bureau national du PS, Gérard Filoche, 68 ans, n'a jamais exercé de mandat. Sa gouaille et ses prises de position tranchées, parfois contre la politique du gouvernement, lui permettent malgré tout de peser au sein du parti. Quitte à déranger.

"Je suis socialiste, mais je ne peux pas tolérer ça"

De nombreux Français ont découvert Gérard Filoche le 2 avril 2013. Ce jour-là, invité sur le plateau de LCI pour évoquer le projet de loi sur la sécurisation de l'emploi, le socialiste apprend la mise en examen du ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, qui a avoué détenir un compte à l'étranger depuis une vingtaine d'années. La voix chevrotante, il retient ses larmes, mais pas sa "colère", dans une séquence qui fait date et redonne des frissons à des militants socialistes désabusés.

"De qui se moque-t-on, s'emporte Gérard Filoche. Je suis socialiste, mais je ne peux pas tolérer ça. Je ne peux pas supporter, une fois, qu'un ministre du Budget de mon gouvernement, que j'ai soutenu, me mente là-dessus." En deux minutes, pendant lesquelles il dit avoir "lutté, pas pleuré", il estime avoir "un peu sauvé l'honneur du parti", confie-t-il, deux semaines plus tard, au site des Inrocks, en regrettant de n'avoir "pas eu un mot de la direction" depuis.

"J'essaye d'influencer le gouvernement"

Depuis l'élection de François Hollande, Gérard Filoche irrite les socialistes au pouvoir, qu'il n'hésite pas à tacler. Le ministre de l'Economie "Pierre Moscovici ferait mieux de se remuer beaucoup plus", dit-il, en juin 2013, sur RMC. Le ministre du Travail "Michel Sapin est en train de casser" l'Inspection du travail, dont il a fait partie, déplore-t-il, en octobre 2013, sur France 3. François Hollande et Manuel Valls sont "fous" de ne pas changer de politique, clame-t-il, en mai dernier, sur LCI. 

Gérard Filoche dénonce le pacte de responsabilité, qui revient à "prendre 50 milliards aux pauvres pour les donner aux riches", et les "mauvais choix politiques" de François Hollande. Pas question pour autant d'appeler à renverser le chef de l'Etat, qui reste "l'homme de la situation""Ce gouvernement, c'est mon gouvernement, expliquait le socialiste, en mai 2013, sur le site du Point. Ma gauche, mon président et mon Premier ministre. Quand je manifeste et que je parle, je ne me place pas contre lui. J'essaye de l'influencer."

Issu des rangs du PC et de la LCR

Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, qui a quitté le PS pour fonder le Parti de gauche, Gérard Filoche estime que son message porte davantage en restant dans les instances du parti. S'il affirme ne pas être "isolé", il est, de toute manière, habitué à être minoritaire dans son camp. Avant d'arriver au PS, en 1994, ce fils d'ouvrier rouennais est passé par la CGT, le Parti communiste et la Ligue communiste révolutionnaire, où il a milité pour l'unité de la gauche et a défendu le PS lorsque le parti était accusé d'être social-traître.

En 1984, il accepte, à la demande de sa femme, de concevoir un enfant avec une amie lesbienne par la "méthode naturelle", raconte le site du Parisien. Son histoire a fait l'objet d'un documentaire de Stéphane Mercurio et Catherine Sinet, intitulé Louise, son père, ses mères, son frère et ses sœurs. "Sur le plan privé, je suis plutôt libéral-libertaire, alors que sur le plan économique et social, je suis assez autoritaire", précise-t-il. Avec ses gènes, Gérard Filoche a transmis la passion de la politique : sa fille Léa est conseillère PS de Paris, tandis que sa fille Louise et son fils Germain ont des activités militantes.

"Je souhaite créer un grand front avec Martine Aubry"

Sur le plan professionnel, après avoir été moniteur de colonie de vacances, coursier de banque, conducteur de train ou encore facteur et professeur de philosophie, Gérard Filoche est devenu, en 1985, inspecteur du travail. Aujourd'hui retraité, il parle avec gourmandise de ce métier "où vous foutez la trouille aux patrons en rentrant dans la boîte", selon le site des Inrocks"Dans bien des branches, si les Français souffrent, c'est à cause des patrons français", affirme-t-il, en juin 2013, sur RMC.

S'il se dit "socialiste modéré" et "social-démocrate", Gérard Filoche est bien l'un des responsables les plus à gauche du PS. Quand il évoque le PS qui doit allier une aile droite et une aile gauche, Jean-Christophe Cambadélis parle d'ailleurs du "parti des deux Gégé : de Gérard Collomb à Gérard Filoche", rapporte le site du Monde.

"Même si je n'aime pas le mot 'frondeurs', je suis de tout cœur avec eux, a confié Gérard Filoche, mardi, au site de L'Express. Avec moi, on serait encore plus ferme. Je souhaite créer un grand front avec Martine Aubry pour protéger le parti de l'emprise de Manuel Valls. Lui, c'est Tony Blair." Le Premier ministre le lui rend bien et a jugé, mardi, que Gérard Filoche "ne méritait pas" d'être au PS après ses propos sur Christophe de Margerie.