Appels d'urgence pendant les coupures d'électricité : le Samu alerte sur une "vraie prise de risque, voire une perte de chances" pour les patients

En cas de coupures d'électricité, l'accès aux numéros d'urgence comme le 15, le 17 ou le 18 sera compliquée. Le gouvernement table sur le 112, le numéro d'urgence européen, mais les centres d'appels "ne sont pas dotés de capacités suffisantes pour gérer des flots d'appels importants", explique président de Samu-Urgences de France.
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  (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

Marc Noizet, président de Samu-Urgences de France, a déploré vendredi 2 décembre sur franceinfo une "vraie prise de risque, voire une perte de chances" pour les patients qui auront besoin d'appeler les urgences lors de coupures d'électricité éventuelles cet hiver. Le gouvernement envisage des délestages de deux heures dans certaines zones ou quartiers en cas de surconsommation électrique.

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Les hôpitaux et les cliniques ne seront pas touchés par ces coupures, mais joindre les numéros d'urgence sera plus compliqué. "Si vous appelez le 15, le 17 ou le 18 de votre portable et que l'antenne de votre opérateur n'est pas alimentée, votre appel ne passera pas", a-t-il expliqué. Le gouvernement table donc sur le 112, le numéro d'urgence européen. En passant par lui, "les opérateurs sont obligés de prendre votre appel", mais les centres d'appels du 112 "ne sont pas dotés de capacités suffisantes pour gérer des flots d'appels importants" et "ils ne bénéficient pas de régulation médicale", a-t-il expliqué.

franceinfo : Avez-vous été informé par le gouvernement des conséquences pour les urgences médicales ?

Marc Noizet : Les hôpitaux seront évidemment dans des zones sécurisées. Nous ne ferons pas l'objet de coupures d'électricité. Les patients qualifiés à haut risque vital, qui sont à domicile et dépendant de matériels qui marchent avec l'électricité, tels que des respirateurs, font l'objet d'un recensement et d'un accompagnement particulier de manière à ce qu'ils ne soient pas en situation de rupture. S'ils devaient l'être, ils seront prévenus et les secours publics feront en sorte de leur apporter soit un générateur d'électricité, soit de les amener dans une zone où ils auront l'électricité.

Quels sont les risques en cas de coupures d'électricité ?

Si vous appelez le 15, le 17 ou le 18 de votre portable et que l'antenne de votre opérateur n'est pas alimentée, votre appel ne passera pas. En revanche, si vous appelez le 112, c'est le numéro d'urgence européen, tous les opérateurs sont obligés de prendre votre appel. Donc l'antenne la plus proche du 112, même si ce n'est pas votre opérateur, recevra votre appel et pourra être transmis au centre d'appels qui gère le 112.

"Ces centres d'appels ne sont pas dotés de capacités suffisantes pour gérer des flots d'appels importants. Ensuite, ils ne bénéficient pas de régulation médicale."

Marc Noizet, président de Samu-Urgences de France

à franceinfo

Ces centres 112, dans la majorité des cas, sont hébergés par le centre de traitement des appels des pompiers. Il y aura donc un allongement du délai de traitement de cette alerte parce qu'il faudra ensuite que cet appel soit de nouveau basculé vers le 15 pour être régulé et que les moyens puissent être engagés. Donc, il y a quand même une vraie prise de risque, voire une perte de chances pour un certain nombre d’appelants.

Cela risque-t-il d'être plus compliqué pour les zones rurales ?

Vous n'aurez peut-être pas une antenne qui sera alimentée qui pourra apporter votre appel au 112. Autant en milieu urbain, la concentration des antennes est suffisante pour que si une antenne ne fonctionne pas, une autre puisse fonctionner et porter le  12. Autant en milieu rural, on a déjà des zones blanches où il n'y a pas du tout de possibilité de passer d'appel. Donc ces zones blanches vont s'élargir.

Il y a un vrai risque dans des zones à faible densité de relais où l’on se trouve dans une situation de rupture de téléphonie. On sait que le téléphone potable aujourd'hui est le premier moyen pour transmettre une alerte. Pour nous, c'est une vraie inquiétude qui doit nécessairement passer par une réflexion. Je sais que le ministère travaille sur ces zones blanches. C'est une vraie inquiétude. On n'a pas de moyens de substitution.

Le 112 est-il suffisamment connu des Français ?

Pas du tout ! La spécificité française fait qu'on a plusieurs numéros d'urgence. C'est un débat de longue date. Le numéro d'urgence européen, le 112, est très connu de nos collègues des autres pays européens. Mais en France, il est assez peu utilisé. C'est un flot d'appels qui est assez peu important et qui est majoritairement d'ailleurs utilisé par des Européens qui traversent la France. Nous, on soutient la nécessité d'un numéro santé et d'un numéro de secours, d'avoir le 113 pour la santé et le 112 pour les autres types de secours à la personne. Il y aura lieu de continuer cette réflexion qui a fait l'objet de nombreux débats et de réflexions ministérielles.

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