Reportage Reconversion professionnelle : "Si je veux tenter l'aventure, c'est maintenant !", le succès des formations pour devenir brasseur

Article rédigé par
Boris Loumagne - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
David Lutun, maître brasseur et formateur au lycée Biotech de Douai, dans le Nord, le 4 mai 2022.  (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

La bière se fait mousser depuis plusieurs années : franceinfo a pu le constater au lycée agricole Biotech de Douai, où les demandes de formations pour devenir brasseur explosent. 

Enivré par l'odeur du houblon, penché au-dessus de la cuve en cuivre, Eloi en formation brassicole accélérée, brasse la mèche, "le mélange d'eau et de céréales qui va libérer les sucres présents dans l'amidon de l'orge", explique-t-il. Depuis quelques années le nombre de brasseries (et de micro-brasseries) a explosé en France. Dans les rayons des magasins ou sur les comptoirs des bars, la bière artisanale est devenue une vraie tendance. À tel point que les quelques lycées agricoles qui forment au métier de brasseur ne peuvent plus suivre le rythme. Et, chose surprenante, les élèves sont souvent des adultes en reconversion professionnelle, comme au lycée Biotech de Douai dans le Nord. 

Concasser le malt, le faire chauffer, surveiller la température de la mouture, faire la mise en bouteille : les élèves viennent dans l'établisssement pour apprendre tout le processus de fabrication d'une bière. Certains participent à une formation d'initiation à la brasserie d'une semaine comme Eloi. D'autres, s'ils veulent obtenir le titre de maître brasseur, suivent deux mois de formation intensive pour, à la sortie, bien souvent, un changement de vie. "J'ai travaillé 17 ans dans l'informatique. Je ne trouvais plus trop de sens dans ce que je faisais", raconte Nicolas, 44 ans. 

"Quelque part dans ma tête, je m'étais dit qu'un jour je tenterai de créer une brasserie. Et puis je me suis rendu à l'évidence, je suis encore jeune et si je veux tenter l'aventure c'est maintenant !"

Nicolas, élève brasseur

à franceinfo

Nina veut elle aussi changer de métier. À 31 ans, l'hôtellerie-restauration c'en est fini pour elle. Dans quelques jours elle sera brasseuse et elle a déjà un employeur. "J'ai déjà trouvé ma micro-brasserie", se réjouit Nina. "Il m'a dit : j'ai besoin de quelqu'un qui sait brasser, pas juste d'un manutentionnaire, donc si tu fais la formation, c'est un CDI."

Nina 31 ans est en reconversion, elle suit la formation pour devenir brasseuse au lycée Biotech de Douai, le 4 mai 2022.  (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Nouvelle consommation de la bière

 

En effet, le secteur est en pleine expansion. D'une quarantaine de brasserie il y a 20 ans en France, on en compte 2 700 aujourd'hui. "Historiquement, le succès de la bière, c'est vraiment une boisson de tous les jours", explique David Lutin, maître brasseur et formateur au lycée "brassicole", comme il dit. "Depuis une quinzaine d'années, arrive un plaisir de dégustation hédoniste, poursuit-il, où les gens vont chercher un plaisir dans la dégustation, avec des choses plus complexes et plus travaillées."

"C'est un produit alimentaire avec un retour immédiat. C'est-à-dire que quand vous faites goûter votre produit, vous voyez sur le visage des gens si ça leur plaît ou pas."

David Lutin, maître brasseur et formateur

à franceinfo

David Lutun, maître brasseur et formateur au lycée Biotech de Douai dans le Nord, le 4 mai, 2022.  (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Selon les Brasseurs de France, syndicat professionnel de la brasserie française, les activités liées à la filière brassicole représentent plus de 128 000 emplois pour un chiffre d'affaires total de 15 milliards d'euros. Au lycée agricole Biotech de Douai, la demande est telle que pour obtenir une formation pour adulte de brasseur, il y a jusqu'à un an et demi d'attente.

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