Les livreurs autonomes parisiens manifestent contre des agressions "bien au-delà du racisme", selon le co-fondateur du collectif

Jérôme Pimot explique que le Collectif des livreurs autonomes compte créer des messageries et groupes Facebook pour que les livreurs puissent rapporter leurs agressions et se soutenir entre eux.

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Radio France
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Des livreurs de Deliveroo en attente de commandes de Grenoble le 24 mai 2021 (LAURENT GALLIEN / FRANCE-BLEU ISÈRE)

"Ce sont tous les jours, des dizaines de milliers de livreurs qui livrent et qui se retrouvent face à des clients abjects", dénonce ce vendredi 18 juin sur franceinfo le coursier et co-fondateur du Collectif des livreurs autonomes parisiens (CLAP) Jérôme Pimot. Les livreurs manifestent depuis l'après-midi de ce même jour sur la place de la République contre les agressions qu’ils subissent régulièrement et dont certaines vont "bien au-delà du racisme", selon Jérôme Pimot.

Ce ne sont pas des actes isolés, la discrimination, le mépris, c'est le quotidien de ces livreurs ?

Malheureusement, c’est le quotidien de livreurs qui sont de plus en plus issus de l'immigration et offrent à des clients un peu débiles la possibilité de déverser toutes leurs frustrations, toute leur rancoeur sur ces gens-là, en tenant des propos sur l'esclavage. Donc, on est bien au-delà du racisme. Ce sont tous les jours des dizaines de milliers de livreurs qui livrent et qui se retrouvent face à des clients abjects. Pas uniquement les clients, d'ailleurs. Des clients des restaurants aussi, puis des passants, des riverains qui sont énervés de voir dix ou quinze livreurs attendre des commandes parce que c’est leur métier.

Que pensez-vous du bouton d’urgence promis par Uber ?

C’est un bouton administratif dirons-nous, mais nous, on va mettre en place un système pragmatique. On va mettre en place un protocole via des messageries, des groupes Facebook, pour que, dès qu'un livreur est agressé, il puisse en parler aux collègues qui seront dans le coin qui pourront venir le soutenir, se rassembler.

Les directions de ces plateformes sont-elles à l'écoute, sont-elles attentives à ce problème ?

Non, pas du tout. Elles le sont dans la presse, c'est une posture. Mais au quotidien, quand on voit le nombre de livreurs qui sont confrontés à cela, c’est elles qui auraient dû saisir les autorités ou les médias pour faire part du problème. C'est un système qu'elles ont d'une certaine manière mis en place : cela vient surtout du système de dévalorisation qu'ont instauré ces plateformes. Les livreurs sont de moins en moins payés donc évidemment cela met dans la tête de certaines personnes un peu plus bêtes que d’autres l'idée que ce sont non seulement des étrangers, souvent des noirs, des Arabes, Pakistanais mais qu’en plus ces gens-là ne valent rien.

Faut-il pour autant boycotter ces plateformes ?

On boycottera déjà les restaurants qui seront méprisants. Et puis, on verra si on boycotte les plateformes à terme. De toute façon, l'urgence est de se rassembler pour peser dans le débat, pour montrer aux plateformes qu'on est capables de ne plus être isolés, de faire front. Et à partir de là, cela va se répandre, j'espère, partout en France.

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