Quatre choses à savoir sur le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères

Un portrait de Jésus-Christ peint par Léonard de Vinci, intitulé "Salvator Mundi", a été vendu mercredi pour une somme record de 450,3 millions de dollars (382 millions d'euros).

Le tableau \"Salvator Mundi\", exposé le 24 octobre 2017 à Londres (Royaume-Uni). 
Le tableau "Salvator Mundi", exposé le 24 octobre 2017 à Londres (Royaume-Uni).  (PETER NICHOLLS / REUTERS)
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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

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Le record est pulvérisé : un tableau du peintre italien Léonard de Vinci a été adjugé, mercredi 15 novembre, 450,3 millions de dollars (381,8 millions d'euros), lors d'enchères chez Christie's, à New York (Etats-Unis). Cette vente fait de l'œuvre le tableau le plus cher du monde jamais vendu aux enchères. Voici quatre choses à savoir sur ce Salvator Mundi

1De quelle œuvre s'agit-il ?

Cette peinture à l'huile sur panneau de noyer, qui mesure 65 cm sur 45 cm, est intitulée Salvator Mundi ("sauveur du monde"). Le portrait restauré, vieux de plus de cinq siècles, a dans un premier temps fait partie de la collection privée du roi d'Angleterre Charles 1er, qui a régné de 1625 à 1649. Il a ensuite été vendu aux enchères en 1763 avant de disparaître jusqu'en 1900, laps de temps au cours duquel on a repeint le visage et les cheveux de Jésus, selon une pratique de l'époque alors "assez courante" selon Alan Wintermute, spécialiste des maîtres de la Renaissance chez Christie's.

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Vendu par Sotheby's, principal concurrent de Christie's, à un collecteur américain pour 45 livres (alors 126 dollars ou 107 euros) en 1958, le tableau, considéré alors comme une copie, a été revendu en 2005 à un consortium de marchands américains. Ce dernier a alors entamé un processus de restauration et, après quelque six années de recherche, le tableau a été identifié comme étant le chef-d'œuvre, datant de 1500, du maître italien. Il a été présenté lors d'une exposition à la National Gallery de Londres en 2011.

Cette peinture était jusqu'ici la propriété du milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, oligarque exilé qui préside le club de football de l'AS Monaco. Il l'aurait acquise pour 127,5 millions de dollars auprès du marchand d'art suisse Yves Bouvier, qui l'avait lui-même achetée peu de temps avant pour 80 millions de dollars.

2Est-ce vraiment un Léonard de Vinci ?

Depuis son authentification en 2011, quelques spécialistes ont émis des réserves sur le rôle qu'a effectivement joué Léonard de Vinci dans la conception du tableau. Ainsi, le peintre et historien d’art Jacques Franck, spécialiste du génie italien, met en doute son authenticité. "Je ne reconnais pas, dans l’intégralité de cette œuvre, la présence de la main de Léonard de Vinci (...) Léonard a mis la main dans le tableau, mais je pense que c’est une œuvre d’atelier, et qu’il a retouché plus ou moins plusieurs parties", estime-t-il, interrogé par franceinfo

Au cœur des doutes de l'expert : la main du Christ, jugée fausse alors que Léonard de Vinci a toujours conçu des mains magistrales. "Ce qui cloche, c’est le majeur dans la main droite du Christ. Sa représentation est fausse dans l’anatomie et dans la perspective. Ça, c’est rédhibitoire pour Léonard, qui est un fin perspecteur et un grand anatomiste", explique Jacques Franck. Et le spécialiste enfonce le clou : "Vu ce que l’on connaît de Léonard de Vinci, La Joconde, La Vierge au rocher, La Belle Ferronnière, ce n’est pas du tout en rapport avec ce que l’on nous présente." 

3Ce tableau est-il le plus cher du monde ?

S'il est impossible de le déterminer avec certitude, il semble que Salvator Mundi soit devenu le tableau le plus cher de l'histoire toutes ventes confondues, y compris hors enchères. L'œuvre a laissé loin derrière Les Femmes d'Alger (version 0), de Pablo Picasso, vendu 179,4 millions de dollars en 2015. Deux tableaux, un De Kooning et un Gauguin, cédés dans le cadre de ventes privées en 2015 pour 300 millions de dollars chacun selon plusieurs médias américains, étaient jusqu'ici considérés comme les plus chers au monde.

Les œuvres antérieures au XIXe siècle sont aujourd'hui rarement présentées aux enchères car la plupart se trouvent dans des musées, ce qui laissait planer une incertitude sur le prix que pouvait viser le tableau. Mais une poignée d'acheteurs aux poches profondes a balayé tout cela en quelques minutes. Dans une salle chauffée à blanc, les enchères pour Salvator Mundiont démarré à 70 millions de dollars et ont ensuite monté pas moins de 53 échelons jusqu'à 400 millions de dollars, devenus 450,3 millions avec commissions, frais et taxes.

4Qui est l'acheteur ?

Lors de la conférence de presse qui a suivi la vente, les responsables de Christie's ont refusé de donner toute information relative à l'acheteur ainsi qu'aux autres enchérisseurs, si ce n'est pour dire qu'ils venaient du monde entier.