Retrait de la force Barkhane : "La situation devient de plus en plus difficile" au Mali, les "jihadistes progressent vers la capitale", selon un expert

D'après le géopolitologue Michel Galy, les forces maliennes "se sont professionnalisées, alors qu'elles étaient complètement inexistantes fin 2012", mais elles doivent faire face à une "progression" des jihadistes, qui sont désormais implantés dans le centre du Mali. 

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Un officier des Forces Spéciales françaises entraîne les soldats de l'Opération Barkhane au Mali, le 15 décembre 2021. (THOMAS COEX / AFP)

"La situation devient de plus en plus difficile militairement" au Mali, avec des jihadistes qui "progressent vers la capitale" Bamako, a déclaré lundi 15 août sur franceinfo Michel Galy, géopolitologue et spécialiste de l'Afrique subsaharienne, alors que l'Élysée a annoncé le départ du pays des derniers soldats français de la force Barkhane.

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franceinfo : Pourquoi ce retrait des troupes françaises, annoncé il y a plusieurs mois ? La France considère-t-elle les mouvements islamistes vaincus ?

Michel Galy : Pas du tout, mais il y a un nouveau front : le gouvernement militaire malien, issu d'un coup d'État, qui est de plus en plus anti-français voire anti-occidental. Ce gouvernement a obtenu le départ de la force Barkhane du Mali.

Emmanuel Macron n'avait-il donc pas d'autre choix ?

En quelque sorte. Le président français a choisi de privilégier le Niger pour redéployer la force Barkhane sous de nouvelles formes. Et puisque cette force Barkhane est présente dans cinq pays, il a aussi choisi de diminuer les effectifs, pour négocier de nouvelles formes de coopération ou d'implantations militaires avec les pays côtiers comme la Côte d'Ivoire, le Togo et le Bénin. Mais ce n'est pas gagné, parce que l'opinion anti-française monte dans toute l'Afrique de l'Ouest et en particulier au Sahel.

Quelles ont été les erreurs de la France pendant ces neuf années d'opération Barkhane ?

Il y a eu beaucoup de maladresses, avec d'abord une certaine arrogance de la part des dirigeants français. Ils ont eu la volonté de maîtriser le calendrier politique, comme lorsque le président François Hollande avait imposé la date des élections présidentielles, et une volonté de marginaliser les armées nationales, ce qui est difficilement supportable dans n'importe quel pays. C'est la leçon qu'en a tiré le président Emmanuel Macron. Pour autant, la situation s'envenime entre l'opinion publique et les dirigeants français.

La situation a-t-elle beaucoup changé en neuf ans, depuis le lancement de l'opération Barkhane ?

C'est une question compliquée. Les forces maliennes se sont professionnalisées, alors qu'elles étaient complètement inexistantes fin 2012. Mais les jihadistes ont progressé : à l'époque, ils tenaient surtout le nord du Mali avec les indépendantistes ou autonomistes touaregs. Maintenant, ils sont implantés dans le centre du Mali avec notamment le groupe Katiba Macina. Et ils progressent vers la capitale. Donc la situation devient de plus en plus difficile militairement.

Diriez-vous que le Mali peut redevenir un bastion des terroristes dans les prochaines semaines ?

Effectivement. Les groupes jihadistes visent, comme fin 2012, ce qui a provoqué la première intervention française Serval : la conquête de la capitale. Il y a eu des attentats près de Bamako. Et ils attaquent tous azimuts, au Mali mais aussi au Burkina Faso, où la situation est encore plus difficile.

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