Le Sahel, futur champ de bataille du Griffon, le nouveau blindé de l'Armée de terre

En 2021, le nouveau transport de troupes de l'Armée de terre va être déployé au Sahel, où il remplacera le VAB (Véhicule de l'Avant Blindé), dont le premier exemplaire est sorti des chaînes de production il y a 44 ans. 

Article rédigé par
Franck Cognard - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Griffon, lors de sa phase de tests à Djibouti, en septembre 2020 (ARMEE DE TERRE)

Les deux silhouettes, dans l'herbe détrempée du camp de Satory, ne se confondent pas : le Griffon est haut sur ses six roues, le VAB est plus trapu sur ses quatre roues. C'est d'ailleurs par l'extérieur que l'on découvre une spécificité du nouveau transport de troupes : sa caisse est en forme de V, qui permet d'atténuer -en la dispersant sur l'extérieur- le souffle de l'explosion d'une mine artisanale. Au Sahel, l'IED, l'engin explosif improvisé placé sur les côtés d'une route ou d'une piste, est responsable d'environ un tiers des tués chez les soldats français.

On entre à l'arrière du Griffon par une porte qui s'abaisse, comme un pont-levis, et forme une rampe. Un soldat harnaché, équipé, casqué, armé, y tient debout et peut se déplacer jusqu'à son siège. Dans le VAB, les mouvements étaient plus... problématiques. La place y était réduite, la faute au moteur installé dans la cabine. Bref, le Griffon est plus confort, et même dans l'Armée de terre, ce n'est pas un gros mot.

Le confort n'est pas à négliger. Il permet une bonne récupération de nos hommes, et d'être en forme pour la mission.

Le lieutenant Paul-Florent, du 13e Bataillon de chasseurs alpins

à franceinfo

Car le Griffon a un vrai atout : il est climatisé. Au Sahel, la température dans un VAB peut monter à 50 ou 60°. En mai 2018, un légionnaire avait même mesuré 72°. "La clim, ça change tout", acquiesce le caporal chef Matthieu. Ce chasseur alpin du 13e BCA a déjà fait un mandat Barkhane, dans un VAB. Et pour lui "même si on est tout le temps prêt", la climatisation du Griffon est un plus indéniable : "on est plus énergique, plus 'dedans' quand il faut débarquer. Quand on fait une journée de 8 heures dans un véhicule, ça fait la différence".

A l'arrière du Griffon, chaque soldat peut ranger son arme  dans une housse, accrochée à son siège. Devant, les housses sont fixées au plafond, au dessus du pilote et du chef de bord. Le pilote, ce jour d'octobre, c'est le soldat de 1ère classe Théo. Il a son permis poids lourd - le Griffon pèse 25 tonnes - mais "c'est presque comme une voiture". L'engin est doué en franchissement, grâce à ses six roues motrices, il est maniable grâce à quatre roues directrices, et puissant, grâce à son moteur de 400 chevaux. "Ça fait plaisir", dit Théo, avec un sourire.

L'insonorisation du Griffon rend l'atmosphère plus sereine dans la caisse. On parle librement, sans crier, et ça donne plus de fluidité au combat. Et ça, j'aime...

Le capitaine Florent, du 13e BCA

à franceinfo

Et à l'intérieur, on s'entend parler. Ce qui change du VAB, où il faut crier pour se faire entendre, la faute encore à ce moteur placé dans la cabine. Là aussi, c'est un gros changement, un vrai plus, abonde le capitaine Florent, commandant d'unité : "il y a dix jours, on était en entraînement au combat à haute intensité, à Mourmelon. La sérénité qui se dégage dans le Griffon, le calme, rendent la manoeuvre plus fluide".

Scorpion, le meilleur ami du Griffon

D'autant que dans la cabine, les communications radio sont réduites. La plupart des instructions passent par les écrans tactiles installés. Chaque véhicule est dans la "bulle Scorpion", le nom du système de partage de données en temps réel. Sur les cartes tactiques s'affichent toutes les positions : celles des blindés amis, celles des groupes de combat, celles des drones et hélicoptères. Dès que l'un repère une cible, le signalement aux autres est automatique. 

Un Griffon, sur le camp de Canjuers, en décembre 2019, lors de la formation de pilotes du 3e Régiment d'Infanterie de Marine (ARMEE DE TERRE)

Revers de la médaille : le Griffon, alors que son déploiement au Sahel approche, n'as pas encore supporté la chaleur, le sable, la poussière des pistes maliennes. Le VAB a cet avantage : rustique, sans trop d'électronique, il est facilement réparable et dépannable. Bourré de nouvelles technologies, le Griffon semble plus fragile et sensible à l'environnement "très abrasif" dans lequel évolue Barkhane. Le nouveau blindé, déjà disponible dans certains régiments en France, a été testé à Djibouti, avant donc de partir renforcer l'opération Barkhane.

En 1976, quand le 1er VAB a été livré à l'Armée de terre, la voiture de l'année était une Simca 1307. En 2020, la voiture de l'année est la nouvelle Peugeot 208 : elle est plus agile, plus puissante, plus sûre et plus confortable, mais un mécanicien sans notion d'électronique ne pourra pas la faire repartir en cas de panne...

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