Crise des sous-marins : "Très clairement l'Union européenne n'a pas envie d'être embarquée dans ce conflit", estime un enseignant à SciencePo Paris

L'Union Européenne "n'a rien à voir" avec la crise diplomatique entre la France, l'Australie et les États-Unis, estime Patrick Martin-Genier, enseignant à SciencePo Paris, pour qui la France "est isolée" dans ce dossier. 

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Radio France
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Patrick Matin-Genier. (FRANCEINFO)

"Très clairement l'Union européenne n'a pas envie d'être embarquée dans ce conflit", a expliqué samedi 18 septembre sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à SciencePo Paris, spécialiste des questions européennes, alors que la France a rappelé ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie, après l'annulation du contrat de commande des sous-marins français par l'Australie.

franceinfo : Est-ce que cette crise entre la France et l'Australie va avoir des conséquences sur l'Europe ?

Patrick Martin-Genier : C'est plus un coup dur pour la France que pour l'Europe. C'est un contrat qui avait été négocié exclusivement entre la France et les Australiens, l'Europe n'avait rien à voir là-dedans. Donc, on comprend que l'Europe soit extrêmement réservée. D'ailleurs Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a dit que l'Europe n'avait pas été mise au courant. Donc cela ne remet pas en cause la relation avec les Etats-Unis et cela ne remet pas en cause la relation avec l'Australie. Il y a en cours de négociation un mega accord de libre-échange avec l'Australie dont les négociations ont commencé en 2018. Très clairement l'Union européenne n'a pas envie d'être embarquée dans ce conflit entre la France et l'Australie et souhaite continuer à négocier cet accord.

La France est-elle isolée ?

Absolument, elle est isolée. Je comprends le courroux du gouvernement français, la forme est tout à fait inacceptable, mais on ne voit pas bien quelles seront les conséquences. Il y a un nouveau pacte stratégique qui est conclu entre les Etats-Unis, l'Australie et en passant le Royaume-Uni parce que Boris Johnson est très content de pouvoir reprendre la place sur la scène international après le Brexit. Face à cette alliance la France n'a pas pesé suffisamment pour faire valoir son point de vue.

Jean-Yves Le Drian estime que l'Europe sort de l'innocence diplomatique. Qu'a-t-t-il voulu dire ?

Il souhaite dire que l'Europe réfléchit à une meilleure indépendance en termes de défense. La présidente de la Commission européenne a expliqué qu'il y aurait un sommet en 2022 sur la défense européenne, c'est d'ailleurs Emmanuel Macron en personne qui l'a demandé. Donc, cela doit nous interroger sur la possibilité pour l'Europe d'être plus indépendante sur un plan stratégique et d'être moins dépendante des Etats-Unis sur la politique internationale.

L'Europe a-t-elle les moyens de se fâcher avec les Etats-Unis ?

Absolument pas. Le rappel des ambassadeurs c'est symbolique, c'est très fort, on aurait peut-être pu s'en passer. C'est la colère du gouvernement français que l'on peut comprendre car le Premier ministre australien n'a pas été correct du tout, mais je crois qu'on ne pourra plus se passer de cette alliance. L'Europe, malgré sa volonté d'être plus indépendant sur le plan stratégique, n'en a pas la capacité et je ne suis pas certain que d'autres pays souhaiteront créer une véritable force militaire européenne.

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