Contre-offensive de l'armée ukrainienne : "Les lance-roquettes américains à très longue portée ont eu un rôle décisif", assure un spécialiste des conflits

Kiev assure avoir repris 3 000 km2 de terrain sur l'occupant russe, après une contre-offensive à l'est et au sud du pays. Une attaque qui a surpris l'armée russe, notamment grâce au matériel américain selon Édouard Jolly. 

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Un char russe abandonné dans la région de Kharkiv, le 10 septembre 2022.  (JUAN BARRETO / AFP)

"La question est de savoir dans quelle mesure l'armée ukrainienne va être capable de continuer d'exploiter ses succès tactiques sur le terrain", s’est interrogé lundi 12 septembre sur franceinfo Édouard Jolly, chercheur en théorie des conflits armés et philosophie de la guerre à l’Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire. L'armée ukrainienne a mené une contre-offensive à l’est et au sud du pays. Au 200e jour de l’offensive russe, l’armée de Volodymyr Zelensky annonce avoir repris 3 000 km2 de terrain. Cette "contre-offensive rapide a surpris, du moins apparemment, l'armée russe", estime-t-il. Selon lui, "les lance-roquettes américains à très longue portée ont eu un rôle décisif en particulier dans le sud du pays".

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franceinfo : Cette contre-offensive ukrainienne était attendue ?

Édouard Jolly : Il y a une forme de surprise puisqu’il y a encore une semaine, la contre-offensive se déroulait essentiellement dans le sud du pays, au nord de Kherson, et s'apparentait à davantage à la guerre d'attrition, c’est-à-dire à ce qu'on voit depuis des mois, des échanges d'artillerie avec une forme de grignotement du territoire, progressivement. Ce à quoi on assiste, c'est une sorte de contre-offensive éclair avec une percée jusqu'à 70 km depuis le 6 septembre des lignes russes. Une contre-offensive rapide, qui a surpris, du moins apparemment, l'armée russe, qui s'est retrouvée encerclée et contrainte d'opérer une retraite très rapide et dans de très mauvaises conditions.

Quel est le secret de cette réussite, le matériel américain ?

Alors, probablement, en effet, les High Mobility Artillery Locate System, les lance-roquettes américains à très longue portée ont eu un rôle décisif en particulier dans le sud du pays lorsqu'il est question de cibler très précisément des ponts qui auraient permis aux troupes russes d'évacuer plus facilement. Maintenant, on peut également noter la rapidité de cette attaque et sa reconquête. Une reconquête de la part de l'armée ukrainienne de plus de territoires que ce qu'avait conquis l'armée russe depuis avril. On retrouve beaucoup de matériel saisi : une quarantaine de chars, dont une vingtaine qui nécessiteraient des réparations, une vingtaine de chars très récents T-80 Russes ont été saisis, des véhicules de combat d'infanterie, du matériel de transmission et de reconnaissance et aussi des unités d'artillerie. Donc, on a aussi une reprise de matériel de l'armée ukrainienne.

Le plus difficile pour les Ukrainiens est de garder sur le long terme ces reconquêtes ?

Maintenant, la question qu'il faudra peut-être se poser, c'est de savoir dans quelle mesure l'armée ukrainienne va être capable de continuer d'exploiter ses succès tactiques sur le terrain. C’est difficile d’y répondre. Tout dépend de la capacité de l'armée russe de reconfigurer ou de reformer un front défensif à l'est de la rivière Oskil où apparemment, aux dernières nouvelles, l'armée ukrainienne aurait déjà commencé à avancer.

Si l’armée ukrainienne continue de progresser, le risque nucléaire pourrait devenir de plus en plus grand ?

Quoi qu'il arrive, ces menaces ne cesseront pas de planer. En dépit des succès sur le terrain avec ce qui ferait au fond penser à la reprise de la guerre de mouvement en 1918, on est dans un schéma très classique sur le terrain en matière de combat des deux armées de terre, l'une face à l'autre. Mais il y a toujours à la fois le risque nucléaire tactique dont on parle depuis le début de l'offensive fin février, mais aussi le risque nucléaire civil avec la menace qui pèse sur les centrales nucléaires et avec en particulier la centrale de Zaporijjia, dont le dernier réacteur a été éteint tout récemment et dont le risque d'un éventuel accident nucléaire continue de planer sans qu'on sache exactement comment un accident pourrait se produire. Ce sont les risques de nos guerres contemporaines.

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