Brexit : quelles pourraient être les conséquences pour le renseignement et la lutte contre le terrorisme ?

Alors que les députés britanniques ont rejeté mardi l'accord de Brexit proposé par Theresa May, franceinfo a enquêté sur les possibles conséquences d'une sortie de Londres de l'UE sur le renseignement et la lutte contre le terrorisme.

Les présidents des services de renseignement allemand, français et anglais se sont réunis le 15 février pour évoquer le Brexit.
Les présidents des services de renseignement allemand, français et anglais se sont réunis le 15 février pour évoquer le Brexit. (THOMAS IMO / PHOTOTHEK.NET/POOL)

Ils ont dit "non" : les députés britanniques ont rejeté, mardi 12 mars, l'accord négocié par Theresa May avec l'Union européenne pour le Brexit. C'est la seconde fois que la Chambre des communes ne vote pas ce texte. A 17 jours de la date officielle du Brexit, ce vote a accru de façon "significative" le risque d'un Brexit sans accord, a averti l'Union européenne. Quelles pourraient être les conséquences du Brexit en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme ? Franceinfo a mené l'enquête. 

Peu de conséquences sur le renseignement

A priori, le Brexit ne devrait pas avoir d'impact sensible sur les échanges de renseignements entre la France et le Royaume-Uni. En effet, le renseignement ne se partage pas à 28 mais à deux : il s'agit d'un échange bilatéral, d'un pays à un autre. Brexit ou pas Brexit, les services français et anglais continueront à s'échanger des informations.

Il y a plusieurs raisons à ce que tout continue comme avant dans ce domaine-là. Tout d'abord, le terrorisme est un ennemi commun aux deux pays. Ensuite, les liens entre services français et anglais remontent à la Seconde Guerre mondiale et sont donc bien plus forts entre Londres et Paris qu'entre Paris et Berlin. Enfin, comme le dit une source interrogée par franceinfo, "dans cette histoire, les Britanniques sont plus embêtés que nous". Ces tracas ne se traduiront pas forcément à un niveau opérationnel mais plutôt administratif : il sera désormais plus lourd, en termes de procédure, pour les services anglais de solliciter un échange de renseignements avec un pays de l'Union européenne.

Le couple franco-anglais plus fort que le Brexit

Les Anglais et les Français ont anticipé le Brexit dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et de la sécurité. Ainsi, même si ce n'était pas une première, les patrons des services de renseignement français, britannique et allemand ont évoqué il y a un mois les contacts quotidiens qui se poursuivraient, malgré le Brexit. La DGSE, le MI6 et le BND ont acté que ces contacts porteraient sur l'antiterrorisme, la cybercriminalité ou l'immigration illégale. Ce type de discussion reste assez rare.

Dans le domaine des opérations militaires, le couple franco-allemand, tel qu'il est souvent évoqué dans le secteur économique par exemple, existe à peine face au couple franco-anglais. Par exemple, les frappes en Syrie ne mobilisent aucun avion allemand alors que des avions britanniques y participent. L'engagement au sol en Syrie mobilise lui aussi des forces spéciales anglaises et françaises mais pas allemandes. Enfin, les militaires français et anglais connaissent le combat de haute intensité, pas les soldats allemands.

Londres, un allié indispensable dans la coopération militaire

Londres est plus utile que Berlin dans le domaine de la coopération militaire. En effet, la France et la Grande-Bretagne représentent à elles seules 50% des dépenses de défense pour toute l'Europe. Ensuite, s'il y a bien des programmes d'armement européen, il y a surtout des programmes bilatéraux. Par exemple, les accords de Lancaster House ont été signés en 2010 entre Londres et Paris.

Tout ce qui était envisagé reste d'actualité, Brexit ou pas : la force expéditionnaire conjointe, la simulation nucléaire - la France et la Grande Bretagne étant les deux seules puissances atomiques en Europe, la conception de missiles...L'impact du Brexit dans ce domaine sera surtout financier. Si on reprend l'exemple du programme de missiles, coordonné par le français MBDA, rien ne change sauf les droits de douanes qui devront désormais être acquittés.