Complément d'enquête, France 2

VIDEO. "Dans un endroit propice, on l'a enterré" : un ancien fonctionnaire avoue avoir fait enfouir du chlordécone en Guadeloupe, après son interdiction

"Complément d'enquête" revient le 27 février 2020 sur le scandale du chlordécone, qui continue à empoisonner les Antilles. Le pesticide a été définitivement interdit en 1993. Mais des centaines de tonnes du produit étaient alors stockées en Guadeloupe et en Martinique. Une question que l'Etat n'avait pas anticipée... 

#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Pendant vingt ans, il a été épandu dans les plantations antillaises de bananes sous le nom de Curlone, ou encore de Képone. Le chlordécone continue à empoisonner les Antilles, ses habitants, son sol, son eau.

Le scandale a de nombreuses ramifications : pourquoi la France a-t-elle attendu si longtemps pour bannir définitivement ce pesticide hautement toxique ? Après 1993, que faire des centaines de tonnes de stock de ce produit désormais interdit ? Une question que l'Etat n'avait pas anticipée...

Certains fonctionnaires de Guadeloupe ou de Martinique s'en sont à l'époque inquiétés par courriers adressés au ministère de l'Agriculture. L'un d'eux demandait que lui soient indiquées "les solutions prévues en métropole, hormis l'enfouissement dans des décharges contrôlées, ce qui n'est pas envisageable ici". Quelle suite a été donnée à ces demandes d'instructions ? 

Des sacs de Curlone "mis dans un trou"

Une partie de la réponse se trouve aux Antilles. En Guadeloupe, "Complément d'enquête" a retrouvé un ancien fonctionnaire du ministère : l'un des responsables du service concerné, celui de la Protection des végétaux. Filmé à son insu, il avoue avoir lui-même procédé à l'enfouissement de chlordécone. Des sacs de Curlone saisis chez un agriculteur ont ainsi été "mis dans un trou". "On l’a fait avec mon chef de service, dans un endroit propice, on l’a enterré."

Une "solution" qui, sans être "préconisée", était selon lui "la seule" : "C'était préférable au lieu de le laisser partir comme ça dans la nature", se justifie-t-il. Un "acte dangereux et critiquable", juge Henri Nallet, ministre de l'Agriculture de 1988 à 1990. A part lui, aucun responsable politique ni haut fonctionnaire n'a accepté de réagir à ces images...

Il faudra attendre jusqu'en 2002 pour que l'Etat français commence à collecter les stocks de chlordécone – et les incinère. Dix ans après l'interdiction du pesticide...

Extrait de "Chlordécone : les Antilles empoisonnées", un reportage à voir dans "Complément d'enquête" le 27 février 2020.