Tomates bio dans des serres chauffées : une interdiction n'empêcherait pas "des importations de tomates étrangères produites dans ces conditions"

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, estime que la France se tirerait "une balle dans le pied" en interdisant le label bio aux produits cultivés sous des serres chauffées.

Des tomates poussent sous serre, en août 2015.
Des tomates poussent sous serre, en août 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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Les produits cultivés dans des serres chauffées peuvent-ils être labellisés "bio" ? Le Comité national de l’agriculture biologique doit trancher, jeudi 11 juillet, sur cette question. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, était l'invitée de franceinfo, jeudi matin.

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franceinfo : Êtes-vous favorable à la culture des tomates sous serres chauffées ?

Christiane Lambert : Je suis favorable à des règles européennes. Nous sommes dans un marché unique. Tous les producteurs qui commercent aujourd'hui sont sur le même marché. Le règlement bio européen autorise le chauffage et il est possible uniquement dans le respect des cycles naturels. C'est écrit comme cela dans le règlement. Qu'est-ce qui va se passer si la France crée des règles différentes en l'interdisant sur une période donnée ? Les Français mangeront quand même des tomates bio venant d'ailleurs. On importera plus de tomates bio venant d'ailleurs et la France se tire une balle dans le pied. Chaque fois qu'on met des règles différentes en France, ça affecte l'économie de notre territoire.

La France prendrait-elle un risque en s'éloignant des règles européennes ?

Aujourd'hui, il y a une proposition de compromis sur la table. La France va choisir des règles pour elle toute seule. Il y aura des importations de tomates étrangères produites dans ces conditions-là qui arriveront à bas prix et qui tireront les prix vers le bas pour les producteurs français. La France se tire une balle dans le pied. Charge maintenant au ministre de l'Agriculture, s'il valide cela, d'aller à Bruxelles pour faire partager la même règle à d'autres. On l'a entendu dix fois. Il n'a pas réussi. C'est simplement une mauvaise nouvelle pour la production biologique. Les Français veulent plus de production biologique. Il faut accepter qu'il y ait des règles européennes. On est européen et on doit partager les mêmes règles. C'est comme si sur un terrain de foot, on mettait des footballeurs avec des règles différentes, selon leur pays d'origine en Europe. Ça ne marche pas.

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume n'est pas opposé au chauffage en serre. Il dit juste qu'il faut maintenir la saisonnalité des produits. Un compromis est-il possible ?

Le compromis qui est en train d'être trouvé, c'est de dire qu'il n'y aura pas de commercialisation entre le 21 décembre et le printemps et aujourd'hui ça bloque sur le printemps. Le souhait c'est que la date retenue soit celle du 31 mars. Je rappelle que le printemps c'est quand même le 20 mars. Les Français veulent des tomates tôt dès qu’il commence à faire chaud. Avec le réchauffement climatique, il fait beau de plus en plus tôt. On l'a vu cette année même au mois de février, il faisait très beau. Il ne faut pas ouvrir davantage la porte aux importations. On importe déjà aujourd'hui 75% des tomates bio consommées. Avec cette décision, on risque d'en importer encore plus. Ça tire les prix vers le bas et ça nuit aux producteurs français.

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