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Suspension de l'accès des pêcheurs français aux eaux de Guernesey : "Cela a été brutal", a réagi le président du Comité des pêches de Normandie

Au delà des question des autorisations, les pêcheurs s'inquiètent de la gestion de la ressource. "Les Anglais ne pourront pas gérer de leur côté sans se préoccuper de ce qu'on fait du côté européen".

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L'accès aux eaux de Guernesey suspendu pour les pêcheurs français en raison du Brexit (illustration). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

"L'après-midi pour le soir, il a fallu prévenir tout le monde qu'il fallait partir. Cela a été brutal. On ne s'attendait pas à rentrer comme cela dans le Brexit", a réagi Dimitri Rogoff, le président du Comité des pêches de Normandie samedi 1er février au soir sur franceinfo. Il venait d'apprendre la suspension de l'accès des pêcheurs français aux eaux de Guernesey après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. "Ce sont des bateaux de taille modeste, des entreprises familiales, ils sont riverains de la Manche et ils travaillent dans la Manche, ils n'iront pas ailleurs", a-t-il indiqué.

franceinfo : Depuis le 1er février, l'accès des navires de pêche français aux eaux de l'île anglo-normande de Guernesey est temporairement suspendu, qu'est-ce-que cela signifie concrètement pour les pêcheurs normands ?

Dimitri Rogoff : Cela signifie que nous avons 44 bateaux qui sont privés d'un accès à la ceinture de Guernesey, c’est-à-dire à la zone qui se trouve au large de Guernesey, dans laquelle ils ont l'habitude d'aller. L'après-midi pour le soir, il a fallu prévenir tout le monde qu'il fallait partir. Cela a été brutal. Dans la méthode, on ne s'attendait pas à rentrer comme cela dans le Brexit. On ne s'attendait pas à subir cela. Nous menons une discussion depuis deux ans avec les collègues de Guernesey mais cela n'a pas abouti. L'État a repris la main et l'État n'a pas abouti non plus. Les dernières négociations se sont déroulées vendredi après-midi et on n'a pas réussi. On avait pourtant bon espoir, on n'était pas très exigeant, mais c'est tellement compliqué entre les îles anglo-normandes et Londres.

Que se passerait-il si la pêche devenait totalement interdite pour les navires français dans les eaux britanniques ?

Ce sont donc des zones entières de pêche qui risquent de disparaître. On a des bateaux qui font 20% de leur chiffre d'affaires sur ces zones-là. Ce sont donc des flottilles qui vont être obligées d'aller pêcher ailleurs sauf que la Manche, c'est un petit espace, et quand on va pêcher ailleurs, on retombe sur d'autres pêcheurs, et cela crée un déséquilibre. Cela crée des concurrences sur une ressource qu'on a du mal à gérer. C'est délicat. Ce sont des zones très petites. On n'est pas dans l'océan. On ne peut pas se reporter ailleurs.

On a une flottille normande, artisanale, de petits bateaux, les plus gros font 20-24 mètres, ce ne sont pas des bateaux qui peuvent s'en aller à trois heures de routes.

Dimitri Rogoff, le président du Comité des pêches de Normandie

à franceinfo

Ce sont des bateaux de taille modeste, des entreprises familiales, ils sont riverains de la Manche et ils travaillent dans la Manche. Ils n'iront pas ailleurs. Cela fait des générations que les pêcheurs pêchent sur les côtes anglaises et ils comptent bien y retourner. La pêche normande se porte bien, on a renouvelé des bateaux, on a une pêche qui est dynamique et on tient à ce qu'elle le reste mais pour cela il nous faut de l'espace et des terrains de chasse.

Les bateaux français vont pouvoir continuer à pêcher dans ces zones au moins jusqu'à la fin de l'année sur la base d'autorisations individuelles, a annoncé samedi le ministère de l'Agriculture. Ces licences peuvent-elles vous satisfaire ?

On espère bien que dans le courant de la semaine prochaine les autorisations se mettent en place et que les bateaux puissent continuer à travailler. J'espère que cela va se débloquer assez vite et que tout cela va se réguler. Mais au-delà de cette question, le poisson, lui, n'a pas de nationalité et cette gestion de la ressource il va falloir continuer à la faire avec les Anglais parce qu'ils ne pourront pas gérer de leur côté sans se préoccuper de ce qu'on fait du côté européen et c'est ça qui sera négocié durant toute l'année à venir, jusqu'à la fin 2020.

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