Salon de l'agriculture : cinq questions après l'échec des négociations sur la PAC

A Bruxelles, la France demande le maintien du budget de la Politique agricole commune, elle qui reçoit chaque année plus de 9 milliards d'euros. Mais la sortie du Royaume-Uni devrait entraîner une baisse de ces aides européennes pourtant cruciales pour les agriculteurs.

Le chef de l\'Etat, Emmanuel Macron, en déplacement au Salon de l\'agriculture à Paris, le 22 février 2020.
Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, en déplacement au Salon de l'agriculture à Paris, le 22 février 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Les pieds dans les allées de la Porte de Versailles... mais la tête encore à Bruxelles. C'est les mains vides qu'Emmanuel Macron a visité le Salon de l'agriculture, samedi 22 février. Le chef de l'Etat n'a en effet pas pu promettre à la filière française le maintien du budget de la Politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne. Car les négociations en cours avec les Vingt-Sept coincent. Franceinfo vous résume la situation en cinq questions.

1Pourquoi renégocie-t-on la PAC ? 

La Politique agricole commune fait partie du budget européen en cours de discussion pour la période allant de 2021 à 2027. Sur l'exercice 2014-2020, qui touche bientôt à son terme, la PAC représentait plus de 410 milliards d'euros des dépenses de l'Union européenne, qui comptait encore 28 pays membres. Soit 36% de l'enveloppe total.

Les sommes en jeu font que les négociations ont toujours été difficiles. Mais le Brexit complique encore un peu plus la donne : le départ du Royaume-Uni va en effet amputer de l'ordre de 75 milliards d'euros le budget communautaire sur la période de sept ans à venir.

2Que propose la Commission européenne ? 

Elle propose de diminuer le budget de la PAC. Cette baisse servirait d'abord à compenser en partie la sortie de l'UE du Royaume-Uni, qui était un contributeur net, c'est-à-dire qu'il versait plus d'argent qu'il n'en recevait de Bruxelles.

Elle servirait aussi à financer les politiques dites "modernes", comme la lutte contre le changement climatique, la sécurité ou la migration, au détriment des politiques "traditionnelles" comme l'agriculture ou la cohésion (l'aide aux régions les moins développées). 

Dans sa proposition initiale, formulée en mai 2018, la Commission prévoyait de réduire drastiquement l'enveloppe accordée au monde paysan : de 410 milliards à 324,3 milliards d'euros. Finalement, le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, suggère une enveloppe (à Vingt-Sept) de 329,3 milliards. Soit une baisse de 80 milliards d'euros.

3Qu'en pense la France ? 

Que du mal. Emmanuel Macron ne veut pas qu'on touche au budget de la PAC. Il faut dire que la France est le plus gros bénéficiaire de la Politique agricole commune : elle reçoit chaque année plus de 9 milliards d'euros. Dès son arrivée au sommet extraordinaire à Bruxelles, jeudi, le chef de l'Etat a d'ailleurs redit qu'il faisait du maintien des fonds pour l'agriculture une priorité.

Emmanuel Macron a ainsi promis de "se battre pour avoir une politique agricole commune au rendez-vous de nos ambitions". Selon lui, les fonds pour l'agriculture ne doivent pas pâtir du Brexit et de ses conséquences sur le budget de l'Union.

Nous n'avons pas sacrifié la PAC et je l'ai dit très clairement : ce n'est pas elle qui peut payer pour le Brexit.Emmanuel Macronà Bruxelles

4La France a-t-elle des soutiens ?

Oui, elle possède des alliés. Une vingtaine de pays, surtout de l'est et du sud de l'Europe, soutiennent sa position. Parmi eux, la Pologne et l'Irlande. En témoigne aussi la présence de quelque dizaines de tracteurs, venus notamment des pays baltes ou de Belgique, à proximité des bâtiments de l'UE.

Dans les allées du Salon de l'agriculture, à Paris, les professionnels saluent aussi la ténacité du chef de l'Etat. Un agriculteur l'a ainsi remercié, samedi matin, de n'avoir "rien lâché hier soir". "La PAC ne peut pas être la variable d'ajustement du Brexit", a également martelé devant les agriculteurs le président, applaudi plus tard en arrivant sur le stand de la Commission européenne.

"Tout le monde veut plus de sécurité alimentaire, d'environnement… Mais qui le fait au final ? Ce sont les agriculteurs dans leurs exploitations, a plaidé Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. On demande toujours plus aux agriculteurs, cela ne peut pas se faire avec un budget moindre."

5Que demande le camp d'en face ? 

Le coup de rabot proposé par la Commission européenne est soutenu par un groupe de quatre pays : le Danemark, l'Autriche, les Pays-Bas et la Suède. Le "groupe des frugaux", surnommé ainsi à cause de sa volonté de serrer la ceinture de la PAC, réclame un budget européen plus restreint, qui limiterait les contributions nationales à 1% du revenu national brut européen, réorienté vers de nouvelles priorités. Parmi elles, les migrations, la recherche, le digital et l'écologie.

Dans le camp d'en face, on trouve également l'Allemagne. Le pays, qui est le plus gros contributeur au budget européen mais aussi un bénéficiaire important de la PAC, s'accroche à son "rabais", un mécanisme dont bénéficient également les quatre "frugaux". En versant plus d'argent qu'ils n'en reçoivent, les pays bénéficient d'un rabais qui leur permet de réduire leurs contributions au budget. Sauf que... la France veut mettre fin à cette pratique maintenant que le Royaume-Uni, à l'origine de ce mécanisme de compensation, a quitté le navire européen.