Réduction des pesticides en France : seul 1% des financements publics est réellement efficace, selon la Fondation Nicolas Hulot

Dans un rapport, la Fondation Nicolas Hulot déplore le déficit d'accompagnement des agriculteurs pour atteindre les objectifs de réduction des pesticides.

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Radio France
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Un épandage de produit agrochimique sur une exploitation viticole près de Carcassonne, le 6 août 2020.  (GEORGES GOBET / AFP)

23,2 milliards d’euros de financements publics sont perçus chaque année par les acteurs agricoles et alimentaires, indique la Fondation Nicolas Hulot. Ce montant comprend les financements issus de la Politique agricole commune (PAC), mais aussi les dispositifs d'allègements fiscaux. Sur l'ensemble de ces financements, seuls 11 % ont pour intention de répondre à l'objectif de réduction des pesticides mais la Fondation Nicolas Hulot affirme dans un rapport que seul 1 % y contribue de manière avérée.

En parallèle, les financements privés sont évalués à 19,5 milliards d'euros par an. Ces fonds, issus notamment de banques ou de coopératives agricoles sous forme essentiellement de prêts, sont, selon le rapport, davantage mobilisés par les exploitations agricoles les plus utilisatrices de pesticides. Mais ces financeurs privés "restent passifs et alimentent in fine le statu quo", déplore la Fondation.

Le poids de l'échec est trop souvent mis sur les épaules des agriculteurs

Fondation Nicolas Hulot

rapport sur les politiques publiques en matière de réduction des pesticides.

Le constat de la Fondation est plutôt que "la responsabilité est bien du côté des pouvoirs publics et de l'ensemble des acteurs agricoles et alimentaires".

Les exploitations les plus gourmandes en pesticides se développent

Le rapport rappelle que la France a pour ambition de réduire de 50 % l'usage des pesticides à horizon 2025. Mais leur recours a augmenté de 25 % en 10 ans, de 2009 à 2018. Cette augmentation est à imputer à une frange minoritaire des exploitations agricoles françaises (9 %). Ce groupe d’exploitation agricole a d'ailleurs "augmenté en nombre d’exploitations et en surface agricole, indique le rapport. Autrement dit, les plus gourmands en pesticides, toujours plus nombreux et plus grands, tirent les chiffres de la consommation vers le haut." À l'inverse, les exploitations les moins utilisatrices de pesticides ont réduit leur consommation de 1 % en 10 ans. Elles occupent 31 % de la surface agricole mais voient leur nombre diminuer.

Le rapport souligne par ailleurs que dans 10 ans, la moitié des agriculteurs sera partie à la retraite. "Le renouvellement des générations est la clé pour atteindre les objectifs écologiques", note la Fondation. Elle estime que plus de 60 % des exploitations pourraient changer de modèle si elles étaient vraiment accompagnées. La Fondation plaide ainsi pour que la France se donne pour objectif 100 % d'installations en agroécologie dans 10 ans. 

"L'enjeu des conversions et des installations c'est bien un enjeu qui est fondamental pour les années à venir", a commenté mardi 9 février sur franceinfo Samuel Leré, responsable du plaidoyer à la Fondation Nicolas Hulot. "L'idée n'est donc pas d'opposer agriculture et écologie, bien au contraire, mais c'est de donner les moyens de faire en sorte que cette transition agro-écologique, qui est nécessaire vu l'effondrement massif de la biodiversité, puisse se faire", a-t-il plaidé. "Il faut d'ici 10 ans que toutes les aides aillent à 100% vers tous les agriculteurs - pas uniquement les jeunes qui s'installent - pour aller vers l'agroécologie"

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