Publicités, influence sur le corps médical ou dans les écoles : Greenpeace dénonce le poids des lobbies des industriels de la viande

Dans un rapport publié mardi, l'ONG Greenpeace passe en revue les techniques mises en œuvre par les industriels de la viande pour assurer la promotion de leurs intérêts.

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Radio France
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Des rôtis de boeuf dans un rayon d'un supermarché Carrefour d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 3 décembre 2014 (illustration). (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Certains lobbies de la filière de la viande "agissent de façon tentaculaire dans toutes les sphères de la vie publique et privée", dénonce mardi 25 janvier dans un rapport l'organisation internationale Greenpeace. De l'influence sur les lois à celles pratiquée sur les enseignements scolaires, en passant par la présence dans les médias ou la communication vers le corps médical, Greenpeace estime que ces lobbies sont "prêts à tout pour empêcher la baisse de la consommation de la viande et l'encadrement de la production et de la transformation". L'ONG juge que leurs pratiques "défendent les intérêts de l’agro-industrie aux dépens de la santé des consommateurs et consommatrices, de l’environnement, et des agriculteurs et agricultrices écologiques".

Si la production et la consommation de viande peuvent être "vertueuses" lorsqu'elles sont "raisonnées", la tendance en France est "à l'intensification des élevages", rappelle Greenpeace. Selon l'ONG, cette industrialisation a pour conséquence, par exemple, qu'à peine 1% des exploitations françaises en élevage produisent les deux tiers des porcs, poulets et œufs du territoire. Au niveau mondial, l’élevage est responsable de 19% des émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines. Cette production et cette consommation sont aujourd'hui à "des niveaux insoutenables pour nos écosystèmes comme pour notre santé".

Un réseau d'influence "tentaculaire"

Dans le cadre de ce rapport, Greenpeace a identifié 25 organisations professionnelles et interprofessionnelles qui défendent les intérêts des filières viande et forment "un réseau d'influence tentaculaire". Parmi elles, treize sont liées à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), neuf à l'interprofession porcine (Inaporc) et dix à l'interprofession de la viande et du bétail (Interbev). Greenpeace note par exemple qu'Interbev a développé une stratégie d’influence auprès des enfants et des jeunes, qu'Inaporc finance un club parlementaire appelé "Club des amis du cochon" ou que 60% du budget de l'association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), a été consacré, en 2020, à la communication.

C'est par cette communication que les lobbies entendent "convaincre les consommatrices et consommateurs de viande qui s’inquiètent de leur impact sur la planète et le bien-être animal", constate Greenpeace. Les filières viande affirment ainsi que "les élevages, mêmes lorsqu’ils sont industriels", font "partie intégrante de la solution à la crise climatique et environnementale". Ils ne sont jamais présentés "comme l’une de ses causes". Selon l'ONG, les industriels jouent sur les clichés des valeurs françaises, mettant en relief "le mythe des protéines", établissant "un lien entre la viande et l’identité nationale" ou faisant croire que "la viande crée du lien social". Greenpeace dénonce ainsi la campagne de publicité "Aimez la viande, mangez-en mieux" d’Interbev, en 2020. Elle critique également la brochure "Santé : n’oubliez pas la viande !" distribuée par Interbev en 2016 dans 7 900 salles d’attente de professionnels de santé. Elle rappelle aussi que les organisations interprofessionnelles participent à de nombreux événements médicaux et de nutrition professionnels ou grand public.

L'ONG pointe par ailleurs que des outils pédagogiques sur l’élevage et l’alimentation ont été développés par Interbev en 2006 à destination des enseignants et des élèves, de la primaire au lycée. En 2020, une plateforme de ressources et d’animations gratuites à destination des enseignants a été mise en ligne. Greenpeace relève qu'Interbev, à travers ces différentes communications, "passe sous silence le fait qu’il existe différents modes d’élevage et que l’élevage industriel a des conséquences négatives".

Interdire les interventions dans les écoles

Pour limiter l'influence des lobbies, Greenpeace formule plusieurs recommandations et demandes. Elle appelle notamment le gouvernement à créer des outils pédagogiques ludiques de haute qualité et à financer aux écoles des sorties sur les fermes pour valoriser les métiers d’éleveurs et d’agriculteurs tout en montrant les limites planétaires. Elle souhaite interdire strictement toute intervention des organisations professionnelles dans les écoles et toute mention de type "Programme national de l’alimentation" ou "Programme national nutrition santé" sur les outils pédagogiques. Elle veut également que soit stoppé tout financement public à des campagnes de communication en faveur de la consommation de viande.

Greenpeace interpelle aussi les scientifiques pour qu'ils refusent toute participation à des campagnes de communication des représentants d’intérêts privé. Elle plaide enfin pour que les professionnels de l'éducation refusent l’utilisation d’outils créés par les organisations professionnelles ou interprofessionnelles qui ne présentent qu’une vision enjolivée de l’élevage.

Le rapport "Comment les lobbies de la viande nous manipulent pour nous convaincre que l'élevage industriel n'existe pas et que la viande est nécessaire au quotidien", publié par Greenpeace, est associé à une pétition en ligne pour dénoncer l'influence des lobbies de la viande sur les enfants.

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