Pesticides : "La fracture entre le monde urbain et le monde agricole est de plus en plus marquée depuis quelques mois"

Interrogé lundi sur franceinfo, le président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles d'Ile-de-France estime que la question des "zones de non-traitement est la goutte d'eau qui vient faire déborder le vase".

Un agriculteur traite son champ avec un pesticide, le 20 mai 2016 près de Villefranche de Lauragais, en Haute-Garonne.
Un agriculteur traite son champ avec un pesticide, le 20 mai 2016 près de Villefranche de Lauragais, en Haute-Garonne. (REMY GABALDA / AFP)
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Dans plusieurs départements, des agriculteurs se mobilisent dès lundi 23 septembre contre l’"agri-bashing" et le décret prévoyant une distance minimale entre les habitations et les cultures. "Les campagnes sont un peu à feu et à sang. La fracture entre le monde urbain et le monde agricole est de plus en plus marquée depuis quelques mois", affirme lundi sur franceinfo Damien Greffin, président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) d’Ile-de-France.

franceinfo : Comment va se traduire votre manifestation ?

Damien Greffin : On espère une semaine de mobilisations pour finalement pointer du doigt ce que l'on appelle vulgairement "l'agri-bashing". On veut surtout dire qu'on est dans une situation compliquée. Les campagnes sont un peu à feu et à sang. Cette question des zones de non-traitement c'est finalement la goutte d'eau qui vient faire déborder le vase. On sort des Etats généraux de l'alimentation qui peinent à apporter des solutions, on a une stigmatisation des pratiques d'élevage et on a cette question des phytosanitaires qui vient stigmatiser toute une population. La fracture entre le monde urbain et le monde agricole est de plus en plus marquée depuis quelques mois. Nous allons faire des feux pour matérialiser les difficultés dans lesquelles le monde agricole se trouve.

Vous parlez de campagnes à feu et à sang. Vous avez recensé des agressions ?

Tout à fait. Il y a une incompréhension qui s'est installée aujourd'hui entre l'agriculture, les agriculteurs et la population. On a un certain nombre de maires qui prennent des arrêtés en toute illégalité à l'image du maire de Langouët qui a été suivi en région Ile-de-France et dans d'autres départements. Ces maires sont irresponsables. On met de l'huile sur le feu et on pointe une population. On a des agriculteurs qui se font agresser physiquement par un voisin qui monte avec un fusil sur un tracteur.

Combien est-ce qu'il y a eu d'agressions ?

C'est quotidien, avec des degrés de violences différents. On s'arrête pour vous prendre en photo, on vous montre du doigt, on vous insulte et on vous agresse. C'est quelque chose de nouveau depuis quelques mois. Le débat sur le phytosanitaires exacerbe les choses.

Comprenez-vous que les gens s'interrogent et s'inquiètent ?

Tout à fait. Je suis avant tout un père de famille et je suis un agriculteur qui utilise des produits phytosanitaires. Si les produits sont dangereux il faut les interdire. Moi, le premier, je ne souhaite pas utiliser un produit avéré dangereux. Néanmoins, on utilise au quotidien un certain nombre de produits, la teinture pour les cheveux, les colles de carrelage. Il y a une multitude de produits dangereux. La question est de savoir quels risques on est encore capable de prendre dans notre société. Les produits que nous, on utilise aujourd'hui, ont reçu une autorisation de mise sur le marché. Donc, soit on nous autorise à les utiliser, soit on les interdit parce qu'ils sont dangereux. C'est la question de savoir ce que notre société est capable de prendre comme risque. Je pense que l'air ambiant dans nos maisons est bien plus pollué que l'air de nos campagnes.