Pesticides dans les fruits : "La population française est très largement contaminée", estime l'association Alerte des médecins sur les pesticides

"On a des raisons d'aller vers le bio", estime son président Pierre-Michel Périnaud, qui ajoute qu'il n'y pas un besoin de changer la réglementation simplement de "l'appliquer correctement". 

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Radio France
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Des ananas dans le rayon d'un supermarché Leclerc de Wintzenheim (VANESSA MEYER / MAXPPP)

"Les données de Pesticide Action Network (PAN) ne sont pas vraiment des surprises", réagit ce mardi sur franceinfo Pierre-Michel Périnaud, médecin généraliste à Limoges et président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides, après la parution d'une enquête de l'ONG qui montre que près d'un tiers des fruits en Europe est contaminé par les pesticides considérés comme les plus dangereux du marché européen. Pour le médecin, "la population française est très largement contaminée".

franceinfo : Faut-il se méfier de l'arrivée des fruits d'été ?

Pierre-Michel Périnaud : Il faut s'en méfier puisque les données de PAN ne sont pas une surprise. On a déjà des données qui montrent que la population française est très largement contaminée aux pesticides. Parmi celles qui nous importent, je citerai celles de la cohorte Elfe, qui montre que 100% des femmes enceintes étaient contaminées par les pyréthrinoïdes. On a eu une expertise qui porte sur les contaminations des sols, des eaux, du biote et qui montre que les pesticides sont partout. On sait que les êtres humains sont très largement contaminés par les pesticides. Il va y avoir une partie des individus qui sont plus vulnérables que d'autres, par exemple les femmes enceintes, des individus malades, les jeunes enfants. Et on sait qu'il y a potentiellement des effets, notamment des perturbateurs endocriniens. Et s'il y a contamination des femmes enceintes, ça veut dire qu'il y a contamination des bébés.

Les produits bio sont-ils à privilégier ?

On sait que l'alimentation bio est plus riche en antioxydants, qu'elle est meilleure pour le lait et la viande bio, elle est meilleure en acides gras oméga 3, sans doute parce que l'alimentation des bovins est différente. La cohorte NutriNet-Santé a montré des effets chez les gros consommateurs de bio : une diminution du surpoids, de l'obésité, du diabète de type 2 et une baisse des lymphomes non hodgkinien, un cancer surreprésenté chez les agriculteurs. Ce sont des éléments qui nous montrent qu'en effet on a des raisons d'aller vers le bio.

Les normes sont-elles trop souples ?

En tout cas, les agriculteurs français nous disent toujours qu'elles sont plus sévères en France qu'ailleurs en Europe, ce qui me paraît faux, puisque la législation est européenne et elle a en principe banni les CMR (substances cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ndr) et les perturbateurs endocriniens. Or, nous avons montré par plusieurs études antérieures que les trous de la raquette sont énormes dans la réglementation des produits les plus dangereux. Il n'y a pas besoin de changement de la réglementation, mais il faut l'appliquer correctement et particulièrement pour les perturbateurs endocriniens.

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