Cultures endommagées par le gel : la FNSEA demande au gouvernement d'accélérer les procédures, d'activer "toute la panoplie" des aides

"L'année dernière lorsque les départements ont été déclarés en calamité sur l'été et la sécheresse, ils n'ont perçu l'argent que 9 mois après, c'est beaucoup trop long", alerte Christiane Lambert.

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Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Le gel a provoqué cette semaine de gros dégâts dans "presque tous les départements", a déclaré vendredi 9 avril sur franceinfo Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Le ministre de l'Agriculture a annoncé jeudi soir la mise en place du régime de calamité agricole. Christiane Lambert lui demande d'accélérer les procédures. "Il faut activer toute la panoplie qui va alléger la trésorerie", a-t-elle insisté.

franceinfo : Quelle est la situation ?

Christiane Lambert : Nous avons des remontées de presque tous les départements et les données sont dramatiques. Cela a commencé dans le nord de la France dans la partie des cultures, on a 40 000 hectares de betteraves qui ont gelé et qui sont à ressemer, des colzas qui n'ont pas résistés. C'est descendu sur les zones arboricoles et viticoles où il y a 100 % de perte en Touraine en Saône-et-Loire. La vallée du Rhône a été très touchée, le Vaucluse, l'Hérault, la Dordogne, la Gironde. Dans certains départements c'est 75 % à 80 % des vignobles détruits.

"C'est un coup dur de plus pour les viticulteurs après les méventes notamment liées à la fermeture des restaurants, des bars, les taxations américaines."

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

à franceinfo

C'est vraiment dramatique, toute la France viticole sauf peut-être l'Alsace et la Charente est touchée.

Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture, a annoncé l'activation du régime de calamité agricole. Qu'est-ce que cela va permettre ?

La déclaration au régime de calamité permet d'ouvrir droit à un certain nombre d'indemnisations pour les fonds et pour les pertes. Les agriculteurs, lorsqu'ils sont assurés, vont pouvoir bénéficier d'un certain nombre de remboursements. Le fait d'être déclaré en calamité permet aussi d'accéder à d'autres aides. Nous demandons à Julien Denormandie qu'il accélère les procédures. L'année dernière lorsque les départements ont été déclarés en calamité sur l'été et la sécheresse, ils n'ont perçu l'argent que 9 mois après. C'est beaucoup trop long. Il faut aussi qu'il y ait une mobilisation des moyens, l'année dernière l'enveloppe a été coupée en deux parce que le budget était insuffisant. Donc, on sait qu'on va au-devant d'un certain nombre de difficultés.

Est-ce qu'il va être possible de sauver la saison pour les agriculteurs, producteurs et viticulteurs ?

Quand la production est perdue elle est perdue. Malheureusement en viticulture, en arboriculture, quand les fleurs ont brûlé il n'y aura pas de fruit et il n'y aura pas de vigne. On peut ressemer dans les champs mais on ne peut pas refaire une culture dans les vignes et en arboriculture. Donc les producteurs passent à côté de leurs productions gelées, moralement c'est catastrophique. Ce sera aussi des emplois saisonniers en moins. Il faut aussi que le ministre active les exonérations de charges sociales, d'impôts fonciers, que les banques fassent des reports d'annuité. Il faut activer toute la panoplie qui va alléger la trésorerie. Il faut probablement accélérer la réflexion qu'il a engagée sur l'assurance et le fonds de calamité. Il a engagé un travail qu'il disait souhaiter boucler en juin, nous souhaitons améliorer les dispositifs d'assurances pour les agriculteurs. Plus ça va et plus les aléas climatiques sont difficiles, nous n'avons que 20 % de viticulteurs assurés, donc il faut qu'on incite et qu'on accompagne pour qu'ils puissent s'assurer. Il faut favoriser la prévention.

Le ministre fait appel aux assureurs et aux banquiers. Est-ce aux agriculteurs de faire les démarches ?

Nous avons déjà diffusé un certain nombre d'informations et nous sommes à leurs côtés. Nous avons des sites qui permettent de se renseigner. Je lance un appel à la solidarité de différentes natures, les Français qui ont économisé pendant le confinement peuvent acheter une bouteille ou un carton de vin. J'invite tous ceux qui sur Facebook ou Twitter donnent des commentaires pas avisés du tout à avoir un peu plus de compassion. Certains disent qu'il suffit de changer de culture, mais quand vous êtes viticulteur c'est difficile de changer de culture. Écoutons les experts qui nous disent qu'il y a eu 33 degrés d'écart entre fin mars et aujourd'hui. Quand il y a des températures aussi exceptionnelles personne n'y peut rien. La nature s'impose à nous.

"Quand une tempête s'abat sur une maison on ne dit pas que c'est la faute de celui qui habite la maison. Les agriculteurs ont besoin de solidarité."

Christiane Lambert

à franceinfo

L'État dit qu'il va être solidaire et nous veillerons que cela soit accessible au plus grand nombre parce qu'il y a beaucoup de gens dans la détresse.

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