Camembert, spaghettis, huile, céréales... On a comparé le prix d'un panier type avant et après la loi alimentation

Les tarifs des produits alimentaires de base ont-ils réellement augmenté depuis la mise en place de la loi alimentation ? Franceinfo a testé plusieurs grandes surfaces.

Les prix de certaines denrées alimentaires dans la grande distribution ont augmenté depuis le 1er février 2019 (illustration).
Les prix de certaines denrées alimentaires dans la grande distribution ont augmenté depuis le 1er février 2019 (illustration). (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

Les prix des produits alimentaires de grande marque ont-ils oui ou non augmenté depuis quelques jours ? La loi Egalim, issue des états généraux de l'alimentation, s'applique en effet depuis le 1er février. Pour ces produits grand public, cela signifie que les distributeurs ont interdiction de revendre à perte. Ils doivent même afficher leurs produits à des prix supérieurs d'au moins 10% du prix d'achat.

Franceinfo a comparé les prix dans trois enseignes d'Île-de-France : un Monoprix dans le 15e arrondissement de Paris, un Leclerc, à Pantin (Seine-Saint-Denis) et un Auchan, dans le quartier d'affaires de la Défense (Hauts-de-Seine). Nous avons choisi un panel de sept produits visés par la nouvelle loi, les mêmes dans ces trois magasins : le camembert Président, de l'huile Isio 4 Lesieur, du lait Guigoz pour bébé 2e âge, des pains au lait Pasquier, des petits pois carottes Cassegrain, des Chocapic Nestlé et des spaghettis Panzani.

Les produits qui composent le panier franceinfo, les hausses de prix en rouge.
Les produits qui composent le panier franceinfo, les hausses de prix en rouge. (XAVIER MEUNIER / RADIO FRANCE)

Franceinfo a relevé les prix juste avant la nouvelle loi et juste après. Dans l'intervalle, une seule toute petite baisse de prix a été constatée, sur les pains au lait : -0,8% chez Leclerc. À l'inverse, plusieurs prix ont grimpé : sept augmentations constatées. Elles ne sont pas toujours perceptibles pour les consommateurs : +13% par exemple pour des spaghettis Panzani chez Leclerc, ça fait "seulement" huit centimes. En revanche, le lait Guigoz, chez Auchan, c'est 7% de hausse, soit un euro plus cher qu'avant la loi. 

Cette envolée des étiquettes inquiète certains clients, comme cet étudiant interrogé par franceinfo à la sortie d'un supermarché. "Cela va être un peu plus compliqué pour nous, les étudiants, c'est un peu galère. Ces produits, ce sont les nôtres, on n'achète que ça, avec un assez petit budget. Donc on va essayer de les délaisser un petit peu pour se tourner vers les marques fournisseurs, c'est déjà moins cher. Mais bon, la qualité n'est pas toujours la même. Je ne peux pas me permettre d'acheter un truc que je ne vais pas manger, donc je préfère prendre un truc que je connais", explique-t-il.

La botte secrète des grandes surfaces

Les consommateurs sont-ils globalement perdants ? Pas tout à fait, parce que d'abord, deux fois sur trois, les étiquettes n'ont pas bougé, en particulier chez Monoprix, mais les prix de départ étaient déjà plus élevés. Par ailleurs, les distributeurs ont des astuces pour compenser ces augmentations, en fidélisant au passage leurs clients. La botte secrète, c'est la carte de fidélité et son "cagnottage". Exemple chez Leclerc, sur une vingtaine de produits censés augmenter, les clients obtiennent 10% en bons d'achat maison avec la carte de l'enseigne. Leclerc le dit haut et fort et en fait même un argument marketing : "Quand la loi nous oblige à augmenter les prix, cette formule est là pour défendre votre pouvoir d'achat."

Reste à savoir si ces hausses vont bénéficier, comme prévu, aux agriculteurs. Les clients des grandes surfaces rencontrés par franceinfo sont sceptiques : "C'est une arnaque terrible, l'argent ne reviendra pas aux éleveurs", estime une consommatrice. "Je n'y crois pas du tout. Pour faire vivre un agriculteur, il vaut mieux passer par des circuits courts que des grandes surfaces. Elles se débrouillent pour acheter les produits à prix très très bas. Les petits agriculteurs ne peuvent pas suffisamment gagner leur vie", juge un autre client. Une femme renchérit : "Moi je voudrais qu'on demande leur avis aux agriculteurs et savoir dans quelques mois si effectivement ils se sont rendus compte qu'il y a eu une amélioration de leur situation. Si c'est le cas, je suis d'accord."

De gros rabais encore possibles sur les produits d'hygiène

Les enseignes adorent les super-promotions, ça déclenche plus d'une vente sur cinq. Pourtant, elles aussi sont dans le collimateur de la loi : les rabais de 35% et plus sont déjà interdits. On se souvient des réductions de 70% sur le Nutella, qui avaient provoqué des cohues.

Même en respectant la loi, les distributeurs continuent de mettre en avant leurs "bonnes affaires". Exemple chez Monoprix : vous achetez un kilo de Nutella, on vous offre le second à moitié prix. Ou avec le gel douche Ushuaïa, le second est à -70%. Mais dès le mois prochain, il faudra en plus restreindre le nombre de ces promos pour les produits alimentaires.

En revanche, il n'y a pas de nouvelles contraintes pour les produits d'hygiène et d'entretien. La grande distribution compte même se rattraper sur ces rayons. On s'attend à un véritable festival des promotions, ce qui ferait la différence entre les enseignes. Leclerc offre déjà un bidon gratuit pour un acheté, pour de la lessive Ariel, un nettoyant Monsieur Propre ou un adoucissant Lénor. La bataille pour les clients va peut-être se gagner là.