Agriculture : il faut contrôler "qui exploite les terres" pour "garantir l'autonomie alimentaire" des Français

Emmanuel Hyest, le président de la FNSafer, a réagi vendredi sur franceinfo à la promesse d'Emmanuel Macron de mettre en place des verrous réglementaires sur les achats de terres agricoles par des étrangers.

Paysage de terres agricoles dans le Val d\'Amour dans le Jura, en octobre 2017.
Paysage de terres agricoles dans le Val d'Amour dans le Jura, en octobre 2017. (MAXPPP)

Alors qu'Emmanuel Macron va inaugurer le Salon de l'agriculture samedi 24 février, le chef de l'État a promis des verrous réglementaires sur les achats de terres agricoles par des étrangers. Il s'agit d'une réaction à la vente de près de 3 000 hectares de terre à blé en Indre et dans l'Allier à des fonds d'investissement chinois.  

Pour ne pas se soumettre au contrôle des Safer (Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural) qui protègent les agriculteurs français, ces fonds rachètent des parts de sociétés plutôt que des hectares de terre. Emmanuel Hyest, Président de la FNSafer (Fédération nationale des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural) estime qu'il faut contrôler "qui exploite les terres" pour "garantir l'autonomie alimentaire" des Français.

franceinfo : Vous sentez-vous impuissant face aux investisseurs étrangers et particulièrement chinois ?

Emmanuel Hyest : Nous avons beaucoup de mal à intervenir. C'est frustrant car pour les mêmes terres agricoles françaises détenues par des personnes physiques, les Safer pourraient intervenir et orienter plutôt vers des jeunes agriculteurs ou des agriculteurs qui en ont besoin pour développer leurs entreprises.

Ces rachats font-ils augmenter la pression sur les prix ?

On voit ce phénomène. Ces investisseurs sont prêts à mettre plus cher pour acheter du foncier par le biais de sociétés et donc ne pas être contrôlés par les Safer. Ils passent à travers toutes les règles mises en place par la France depuis près de 60 ans.

Y a-t-il assez d'investisseurs en France pour acheter ces terres selon vous ?

Les Safer attribuent 25% des territoires vendus à des apporteurs de capitaux qui vont les louer à des agriculteurs. Sachant que chaque année on vend 80 000 hectares par an. Cela permet à des gens d'investir dans un capital lourd à porter, ça c'est positif. C'est beaucoup moins positif quand ces mêmes personnes achètent ces terres pour les exploiter et c'est un phénomène nouveau.

Les verrous réglementaires dont parle Emmanuel Macron, est-ce du protectionnisme ?

Non, c'est garantir l'autonomie alimentaire d'un pays, ce qui est le principal bien qu'on peut avoir dans un grand pays comme le notre. Se donner les moyens de savoir qui possède les terres agricoles et qui les exploite pour garantir l'autonomie alimentaire de son propre peuple, cela doit être la première chose à faire. Le verrou le plus simple serait qu'il y ait la même transparence sur le marché foncier pour une personne physique et une société. Aujourd'hui quand on vend des parts de société plutôt que la terre, les Safer ne peuvent pas intervenir. C'est là-dessus que jouent les investisseurs qui ne seraient pas prioritaires dans les politiques publiques, et qui accaparent le foncier.