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Pourquoi le chômage des jeunes est-il au plus bas ?

Selon les derniers chiffres de l'Insee, 15,9% des actifs entre 15 et 24 ans cherchaient un emploi au quatrième trimestre 2021.

Article rédigé par Luc Chagnon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Une employée de Pôle emploi, à Bordeaux (Gironde), le 8 février 2022. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Ce n'est pas tout à fait "le taux le plus bas depuis près de quarante ans", comme l'a affirmé Elisabeth Borne, la ministre du Travail, mais il reste impressionnant. Si le chômage recule de manière générale au quatrième trimestre de 2021, selon les chiffres publiés vendredi 18 février par l'Insee, c'est chez les 15-24 ans que la baisse est la plus conséquente. Les actifs sans emploi ne représentent plus "que" 15,9% de cette tranche d'âge. Un taux qui n'avait pas été atteint depuis 2001 – et pas dépassé depuis 1990. Même si les 15-24 ans restent les plus touchés par le chômage (deux fois plus que la population générale), cette baisse est conséquente, d'autant que la France sort d'une crise économique majeure. Alors, comment expliquer ces résultats ?

Parce que l'économie se porte mieux

Si les jeunes arrivent plus facilement à trouver un emploi, c'est d'abord parce que la situation économique au sens large s'améliore. Le PIB français, qui s'était effondré à cause de la pandémie de Covid-19 et des mesures sanitaires, a retrouvé son niveau d'avant-crise à la fin de l'année 2021, selon une première estimation de l'Insee.

Or, d'après Eric Heyer, directeur du département analyse et prévisions de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les jeunes sont les plus exposés aux fluctuations de l'économie, pour le meilleur et pour le pire.

"Quand une crise économique arrive, on ne licencie pas dès le début : on commence en général par ne pas renouveler les CDD ou les contrats d'intérim."

Eric Heyer, économiste

à franceinfo

D'un autre côté, "l'emploi des jeunes est très sensible à la conjoncture, donc comme on est dans une période économique favorable depuis l'automne, une baisse du chômage est logique", abonde Christine Erhel, professeure d'économie au Conservatoire national des arts et métiers.

La reprise est particulièrement visible dans les secteurs des services, comme le tourisme ou l'hôtellerie-restauration, qui avaient été confinés pendant plusieurs mois. Des secteurs qui emploient habituellement beaucoup de jeunes. "La levée des restrictions sanitaires, avec la réouverture des cafés et des restaurants au printemps, a beaucoup profité à l'emploi des jeunes", confirme Sylvain Larrieu, spécialiste du marché du travail à l'Insee.

Parce que la main-d'œuvre manque

L'économie a d'ailleurs redémarré tellement vite que de nombreux secteurs se plaignent d'une pénurie de main-d'œuvre : plus de la moitié des entreprises avaient ainsi des difficultés à recruter en janvier, selon la Banque de France, en particulier dans l'industrie et le bâtiment, et les rangs des agences d'intérim sont toujours moins fournis qu'avant la crise sanitaire.

Les entreprises doivent donc se montrer moins difficiles à l'embauche. D'après Philippe Askenazy, économiste du travail au CNRS, interrogé sur franceinfo, cette baisse du chômage chez les jeunes "correspond très probablement à une baisse des exigences de la part des employeurs qui, auparavant, exigeaient notamment d'avoir de l'expérience et qui désormais prennent des jeunes, même sans expérience".

Une baisse des exigences qui profite à "des jeunes qui pouvaient être hors études, mais aussi des étudiants". Et surtout aux femmes : "Il faut remonter à 1978 pour avoir un taux de chômage des jeunes femmes aussi bas", ajoute-t-il.

Parce que le nombre d'apprentis a explosé

Le dernier paramètre à prendre en compte, c'est la forte hausse du nombre de contrats d'apprentissage. 2021 constitue d'ailleurs un nouveau record avec plus de 718 000 contrats signés, un chiffre en hausse de 37% sur l'année, après un premier bond de 42% en 2020. Cette augmentation peut très vite avoir des effets visibles sur le taux de chômage, puisque le nombre de chômeurs entre 15 et 24 ans s'élevait à 555 000 en 2020.

Selon Sylvain Larrieu, la multiplication des alternances reflète l'investissement du gouvernement en la matière depuis 2017, et surtout depuis 2020. "Il y a eu des aides conséquentes, notamment le plan 'Un jeune, une solution' qui a apporté des aides supplémentaires [entre 5 000 et 8 000 euros] pour l'embauche d'apprentis". Mais Eric Heyer rappelle que ce développement est précaire :

"L'apprentissage a explosé parce qu'on compense presque intégralement à l'employeur le coût d'un apprenti. Que se passera-t-il le jour où on supprimera ces aides ?"

Eric Heyer, économiste

à franceinfo

D'autant que l'effet des apprentissages sur l'emploi est en réalité difficile à évaluer : certains employeurs qui ont embauché un apprenti pour bénéficier des aides auraient peut-être embauché un CDD sans elles. Dans ces cas, l'effet de l'apprentissage sur le taux de chômage est nul. "Tous les dispositifs d'aide à l'emploi ont des effets d'aubaine plus ou moins importants", tempère Sylvain Larrieu. Eric Heyer, lui, est plus sceptique : "Beaucoup d'apprentis sont en troisième année de licence, en master, etc. et ont des profils qualifiés." 

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