Pourquoi la baisse du chômage en août est à relativiser

Le nombre de demandeurs d'emploi a baissé de 0,3% au mois d'août en France métropolitaine, avec 11 100 chômeurs de moins qu'en juillet.

Dans une agence Pôle emploi, à Armentières (Nord), le 27 août 2014.
Dans une agence Pôle emploi, à Armentières (Nord), le 27 août 2014. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Pour la première fois depuis octobre 2013, le chômage enregistre une baisse. Il a reculé de 0,3% en août, avec 11 100 chômeurs de moins qu'en juillet, selon les chiffres publiés, mercredi 24 septembre, par le ministère du Travail. Au total, la France compte désormais 3 413 300 demandeurs d'emploi de catégorie A (sans aucune activité).

Mais cette baisse surprise est à relativiser. Voici pourquoi.

Parce qu'il y a souvent une baisse en août

"Août est traditionnellement un mois où les demandeurs d'emploi peuvent 'oublier' d'actualiser leur situation", relève le Huffington Post. Si l'on se penche sur les chiffres, on constate effectivement une forte hausse des sorties pour cessation d'inscription et défaut d'actualisation (+14,4%), ainsi que des radiations administratives (+5,4%). "227 000 inscrits sont ainsi sortis des listes, soit 28 000 de plus qu'en juillet. On n'atteint pas le niveau record de 265 000 cessations constatées en août 2013, mois marqué par l'affaire du 'bug de SFR', mais c'est un niveau bien plus élevé qu'à l'habitude et même le second plus haut jamais constaté", écrit le quotidien économique Les Echos.

"Il faut attendre les chiffres du mois de septembre pour savoir s'il s'agit d'une baisse réelle ou bien d'une baisse pour défaut d'actualisation d'inscription", estime donc Bruno Ducoudré, économiste à l'OFCE, auprès du Nouvel Obs.

Parce que le chômage est en hausse sur l'année

"Je prends acte de cette baisse mais je considère, comme j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, que les chiffres mensuels ne peuvent s'interpréter que dans la durée", tempère le ministre du Travail, François Rebsamen. Et il a raison, car le chômage est en hausse sur l'année (+5,5%) avec en moyenne 17 543 chômeurs de plus chaque mois.

"Il n'y aura pas d'amélioration à court terme, aucun signe ne nous permet d'affirmer que la très faible baisse de ce mois d'août devienne une tendance sur le trimestre", commente Bruno Ducoudré.

Parce que les contrats très courts se multiplient

Si l'on prend en compte les chômeurs ayant eu une activité réduite, c'est-à-dire les catégories B et C, la réduction du nombre d'inscrits à Pôle emploi est moins franche. La baisse n'est alors que de 0,1%. 

L'Expansion remarque que les chiffres publiés mercredi par l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale, la caisse nationale des Urssaf, ne sont pas bons. Ils montrent que "le nombre de déclarations d'embauche de plus d'un mois a continué de diminuer en août (-2,9%), portant à -7,0% l'évolution sur les trois derniers mois et à -6,7% sur un an"

Parce que la croissance ne repart pas

Pour que le chômage recule durablement, la croissance doit être au rendez-vous. "C'est à partir de 1,3%-1,5% de croissance qu'on crée de l'emploi. On n'y est pas"remarquait le ministre du Travail, fin août.

En effet, la croissance est en berne pour le premier trimestre, et l'exécutif ne table que sur 0,4% de hausse du PIB cette année et 1% en 2015. D'ailleurs, en mai, l'OCDE ne prévoyait pas de baisse sérieuse du chômage avant "fin 2015".