Vidéo "Envoyé spécial" dans une maternité à Kaboul avant l'arrivée des talibans, pour qui les sages-femmes sont des "femmes à abattre"

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Envoyé spécial dans une maternité de Kaboul, avant l'arrivée des talibans
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France Télévisions

"Je reçois constamment des menaces par téléphone", confiait cette sage-femme à "Envoyé spécial" deux semaines avant la chute de Kaboul. Aujourd'hui, elle craint de ne plus pouvoir exercer son métier : pour les talibans, il est inacceptable de proposer une contraception aux Afghanes afin de les protéger des risques qu'elles encourent avec des grossesses à répétition...

A Kaboul, son destin a basculé, comme celui des autres Afghanes, avec l'arrivée des talibans. Deux semaines avant leur entrée dans la capitale, "Envoyé spécial" y a suivi dans son travail une sage-femme que nous appellerons "Salima". Elle exerce dans une maternité régulièrement frappée par des terroristes, dans le quartier hazara de Dasht-e Barchi. 

Ce jour-là, la maternité refuse du monde, mais Salima va réussir à trouver une place pour Djamila, qui vient d'arriver avec son mari. Ils ont fait dix-huit heures de route pour fuir leur province tombée aux mains des talibans.

Un accès à la contraception

D'autres bébés viennent de naître. Pour cette femme, c'est le cinquième enfant. Elle voudrait "s'arrêter", et la sage-femme lui propose de lui "prescrire quelque chose". En Afghanistan, l'un des pires pays au monde pour la mortalité infantile et celle des mères, le rôle des sages-femmes ne se réduit pas à l'accouchement. Il consiste aussi à protéger les femmes des grossesses à répétition, en leur donnant accès à une contraception. Inacceptable, pour les fondamentalistes. Les sages-femmes comme Salima deviennent ainsi des "femmes à abattre".

"Je reçois constamment des menaces par téléphone. Ça fait quatorze ans que je fais ce métier, vous savez. Tout le monde me connaît, ici, tout le monde sait ce que je fais. Je reçois des lettres, aussi, où on me dit : 'Toi et ta famille, vous allez payer.' Mes collègues aussi sont menacées, mais il faut bien qu'on vienne ici pour aider ! On a une responsabilité. Et puis, mon mari n'a plus de travail, ma fille est à l'école, je dois travailler pour nourrir ma famille. Mais je n'en peux plus. J'ai trop de pression. J'ai trop peur", avoue-t-elle au bord des larmes.

Ce jour-là, toutes les naissances étaient des filles...

Sous la peur et la menace, elle vient pourtant de mettre au monde le bébé de Djamila. Une petite fille. Ce jour-là, dans cette maternité, toutes les naissances sont des filles...

Depuis le 15 août dernier, Salima a fui son domicile. Après avoir porté à bout de bras toute une génération d'Afghanes, c'est elle qui appelle à l'aide. "Envoyé spécial" a transmis son dossier aux autorités françaises. Sans succès pour l'instant...

Extrait de "Les rêves brisés des Afghanes", un reportage de Pierre Monégier, Sandra Calligaro, Jamail Baseer, Mikaël Bozo, diffusé dans "Envoyé spécial" le 2 septembre 2021.

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