Manifestations contre la loi Travail : qui sont les casseurs ?

Après les débordements en marge des manifestations contre la loi Travail, différentes personnes ont été interpellées. Mais le profil type du casseur dessiné par les autorités est mis à mal par certains manifestants.

Des manifestants encerclés par les forces de l\'ordre place de la République lors de la manifestation du 1er mai  2016, à Paris.
Des manifestants encerclés par les forces de l'ordre place de la République lors de la manifestation du 1er mai  2016, à Paris. (JULIEN MATTIA / NURPHOTO / AFP)

Une ambiance électrique. Des jets de projectiles, des chants contre les forces de l'ordre et des lancers de gaz lacrymogène ont émaillé la manifestation du 1er mai, dimanche à Paris. Dix-huit personnes ont été interpellées en France, dont deux à Paris, a rapporté le ministre de l'Intérieur. Des incidents similaires ont éclaté dans plusieurs villes françaises, jeudi 28 avril, lors des cortèges contre la réforme du Code du travail. Il y avait alors eu 214 interpellations. Mais qui sont ces casseurs pointés par les autorités ? Francetv info fait le point.

Des casseurs "organisés et méthodiques", selon la préfecture

D'après les estimations de la police, ces casseurs, au nombre environ de 300, s'infiltrent dans les cortèges et prennent pour cible systématiquement les forces de l'ordre, souligne Europe 1.

Après les débordements du 28 avril, le préfet de police de Paris dresse leur portrait, relayé le Huffington Post : "Ils sont de plus en plus organisés, méthodiques. (…) Ils ont une technique qui se met au point pour enlever les pavés, pour récupérer du goudron, le stocker dans des sacs, dans des poubelles et ensuite attaquer, au moment qu’ils choisissent, les forces de l’ordre."

A Rennes, un manifestant a perdu l'usage de son œil lors des affrontements, jeudi 28 avril. Là encore, la préfecture pointe les casseurs comme responsables de ces violences en marge de la manifestation. La préfecture évoque des membres "de l’ultragauche, des zadistes, des quartiers et auxquels se grefferaient  des lycéens et étudiants instrumentalisés", signale Le Monde.

Des personnes "intégrées aux cortèges", selon un syndicaliste rennais

Contrairement aux manifestations précédentes où les débordements avaient lieu en fin de journée, ces casseurs contestataires se positionneraient en tête de cortège dès le début des rassemblements "pour s'en prendre aux policiers ou aux gendarmes", explique un enquêteur au Parisien.

Un militant syndical rennais, interrogé par Le Monde, conteste ce portrait du casseur qui s'infiltre pour le plaisir d'en découdre avec les forces de l'ordre. "Il n’y a pas de casseurs qui s’infiltrent et cassent pour le fun. Des gens revendiquent ce mode d’action, ciblent des banques ou des grandes chaînes pour marquer une insurrection. C’est ce qu’on appelle les autonomes. Mais ils ne sont pas en marge du mouvement social, ils sont intégrés aux cortèges", explique-t-il au quotidien.

Même tonalité du côté d'un groupe de lycéens parisiens venus soutenir un de leurs camarades déférés devant le juge, samedi 30 avril. "Le gouvernement parle de méchants casseurs en marge de la manifestation pour décrédibiliser notre mouvement. Nous sommes organisés, indépendamment des syndicats, et c’est ce qui fait peur au gouvernement", confie l'un deux au Monde.

Au final, des condamnés aux profils très divers

A la suite de ces violences, des dizaines de personnes ont donc déjà comparu devant des tribunaux. Mais parmi eux, impossible de dresser le portrait-robot du casseur, comme l'a constaté Ouest France, vendredi 29 avril, lors d'une audience en comparution immédiate à Nantes. L'un d'eux, âgé de 18 ans, est arrivé d'Algérie début mars pour rejoindre son frère à Nantes, a rejoint la manifestation "pour se défouler" et "faire comme tout le monde". Deux autres jeunes hommes de 18 et 23 ans ont expliqué "être partis dans un délire."

Parmi les premières personnes jugées, le Huffington Post rapporte aussi le cas de Sanso, un étudiant en sociologie de 24 ans qui assure avoir été sur la place de la République "dans le cadre de ses études". Le site relaie aussi le cas "d'un Sénégalais d'une vingtaine d'années –consommateur régulier de drogues dures– venu 's'amuser' place de la République". Des cheminots de la CGT ont également été déférés devant un juge, samedi 30 avril.

Peu de "casseurs organisés" et "méthodiques" donc dans le box des accusés. Bérenger Cernon, secrétaire général de la CGT des cheminots de Paris-Gare de Lyon, avance une explication au Monde : "Les policiers vont à la pêche en fin de manifestation pour faire du chiffre. L’idée, c’est un peu qu’on va payer pour ceux qui ont foutu le bordel."