"On a recopié des recettes de cuisine pendant un mois", racontent des chômeurs déçus de leur formation professionnelle

Le gouvernement souhaite réformer la formation professionnelle. La première séance de négociations s'est ouverte vendredi au ministère du Travail. L'objectif : simplifier les démarches des demandeurs d'emploi. La qualité des formations est aussi à revoir.

Un salon du travail et de la mobilité professionnelle, à Paris, en janvier 2017.
Un salon du travail et de la mobilité professionnelle, à Paris, en janvier 2017. (MAXPPP)

Le gouvernement ambitionne de donner naissance à un projet de loi sur une réforme de la formation professionnelle, au printemps 2018. Pour cela, il a ouvert vendredi 24 novembre une première séance de négociations avec les organisations syndicales, au ministère du Travail. Parmi les sujets sur la table, la simplification des dispositifs pour les chômeurs.

La qualité de certaines formations pose aussi problème. Les chiffres de Pôle emploi indiquent 1,7 million d'entrées en formation de demandeurs d'emploi entre 2015 et la premier semestre 2017. Pourtant, de nombreux chômeurs qui souhaitent se reconvertir vivent une toute autre réalité. Beaucoup se sentent livrés à eux-mêmes.

De l'espoir aux désillusions

Ahcene a la cinquantaine. Inscrit à Pôle emploi, il a cherché à se reconvertir dans la restauration après une carrière dans la climatisation. Mais ça a été l'enfer"S'il s'agit d'une formation, c'est à vous de vous débrouiller : aller sur Internet, chercher des centres de formation, rentrer en contact... C'est ce qui m'est arrivé. Il y a des conditions, des documents à remplir, etc. Ce n'est pas l'agent de Pôle emploi qui fait le boulot pour vous", témoigne-t-il, encore en colère. Il ne s'est pas découragé et a réalisé toutes les démarches. Mais, alors qu'il avait lui-même trouvé une formation pour passer un CAP cuisine en 2016, Pôle emploi l'a poussé à en accepter une autre, dans le même domaine mais fournie par une structure privée.

Cette formation a tourné au cauchemar : locaux insalubres, pas de matériel, un formateur incompétent et, en guise de diplôme, un simple Titre professionnel (TP). Ahcene a encore aujourd'hui le sentiment d'avoir été floué, en quelque sorte, par Pôle emploi.

On a les documents, où c'est précisé : 'un TP de cuisine équivalent à un CAP'. Ce n'est pas le cas, ils nous ont menti, que ce soit le centre de formation ou Pôle emploiAhcene, demandeur d'emploifranceinfo

Khedidja a suivi la même formation. Cette maman de deux enfants, qui avait une expérience dans la restauration collective, s'est retrouvée à recopier des recettes de cuisine que son formateur avait trouvées sur Internet. "On a recopié pendant un mois. Ensuite, on ne faisait plus rien, c'est ça le délire ! On était assis, on ramenait notre gamelle, on discutait et voilà. La formation, c'est un truc à devenir fou", explique Khedidja.

La loi de la débrouille pour rebondir

Certains, aidés par la CGT Chômeurs, ont entamé une procédure contre Pôle emploi devant le tribunal administratif. Mais cette histoire a laissé des traces psychologiques. Ahcene a abandonné son rêve d'ouvrir un petit restaurant. Khedidja a repris une formation à l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) mais par ses propres moyens.

J'ai été reçue une fois par mon conseiller Pôle emploi. Il a cherché sur son ordinateur et rien de plus. Cette recherche-là, je l'ai faite moi-même. J'ai été à Paris au salon de l'emploi et j'ai trouvé cette formation Afpa. Ça n'a rien à voirKhedidja, en formation à l'Afpafranceinfo

Aujourd'hui, elle se sent soulagée. "On a six semaines de stage à l'extérieur et tout le reste du temps, ce n'est que de la pratique. Franchement, j'ai l'impression de revivre", décrit-elle. 

Pour le gouvernement, il reste à faire le tri dans les 75 000 organismes de formation agréés actuellement. Selon les informations de franceinfo, Pôle emploi n'enverrait d'ailleurs plus de demandeurs d'emploi dans celui où sont passés Ahcene et Khedidja.

La refonte de la formation professionnelle, un vaste chantier : reportage de Raphael Ebenstein
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