"Donner un autre sens à la peine d'emprisonnement" : premier bilan du programme Pairs, qui lutte contre la radicalisation à la sortie de prison

Le dispositif, testé en France depuis 2018, a déjà pris en charge 68 personnes à leur sortie de prison.

Le quartier pour détenus radicalisés de la prison de la Santé, à Paris, le 24 juin 2019.
Le quartier pour détenus radicalisés de la prison de la Santé, à Paris, le 24 juin 2019. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Comment gérer les détenus radicalisés qui sortent de prison ? Comment enrayer tout risque de récidive ? L'enjeu est capital et la réponse n'est pas simple. Un nouveau dispositif est testé en France depuis 2018, à Paris d'abord, puis dans plusieurs villes de France (Marseille, Lyon). À Lille, le programme Pairs (pour Programme d'accueil individualisé et de réaffiliation sociale) accueille ses premiers bénéficiaires depuis lundi 21 octobre. Il vise des personnes qui sortent de détention ou qui attendent leur jugement sous contrôle judiciaire.

Depuis an, 68 personnes ont été prises en charge : deux tiers d'hommes et un tiers de femmes, âgés de 19 à 44 ans. La plupart ont été condamnés pour des faits terroristes, sans pour autant faire partie des profils les plus inquiétants. "Ce ne sont pas des personnes qui, au nom de l'idéologie jihadiste, auront donné la mort", explique Jules Boyadjian, l'un des responsables du programme Pairs. "Ce sont des personnes qui sont dans des filières et qu'on va accompagner pour qu'à l'issue de leur peine, elles ne se réinsèrent pas dans ces filières."

La trajectoire radicale jihadiste peut redonner du sens à une trajectoire qui n'en avait plus.Jules Boyadjian, l'un des responsables du programme Pairsà franceinfo

L'autre cas de figure concerne des personnes soupçonnées de s'être radicalisées en prison. "Notre objectif, c'est justement de donner un autre sens à cette peine, et donc de s'inscrire dans une démarche de réinsertion", continue Jules Boyadjian.

Déconstruction du discours religieux

Cette réinsertion passe d'abord par le fait d'avoir un travail et un logement. Au total, l'accompagnement va de 3 à 20 heures par semaine selon les profils. "On travaille psychologiquement en thérapie, mais aussi sur la solidité du projet professionnel, on essaie de constituer une formation...", détaille Jules Boyadjian. "Et puis, il y a l'échange sur les références religieuses, de sorte que la pratique religieuse soit à la fois autonome des recruteurs, et compatible avec la société dans laquelle on est."

La force du programme réside dans cette déconstruction du discours religieux, qui s'appuie sur des islamologues et des médiateurs cultuels. Ils représentent quasiment un tiers des effectifs de Pairs. "Pour nous, un accompagnement réussi, ce n'est pas une personne qui va mettre de côté sa religiosité. C'est une personne qui va pratiquer sa religion sans aucune violence, en adéquation avec les valeurs de la République", indique Sami Souid, le directeur du programme.

Pour l'instant, la méthode a fait ses preuves. Parmi les 68 bénéficiaires, aucun n'a été à nouveau condamné pour des faits en lien avec le terrorisme. Pour autant, tout le monde est d'accord pour dire que Pairs n'a rien d'une solution miracle pour lutter contre l'islamiste radical. Le programme espère doubler les effectifs d'ici 2020 avec 125 personnes prises en charge à Paris, Marseille Lyon et Lille.

Premier bilan du programme Pairs, qui lutte contre la radicalisation à la sortie de prison - Le reportage de Margaux Stive
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