Faut-il s'inquiéter face au mini krach qui a frappé les Bourses mondiales ?

Lundi soir, Wall Street a décroché, suivi de près mardi par des places boursières européennes puis asiatiques. Une chute qui a soulevé de nombreuses inquiétudes. Pourtant, dès son ouverture mardi, la Bourse de New York est repassée dans le vert. 

Un trader au terminal Bloomberg, à la Bourse de New York, en 2013 (photo d\'illustration).
Un trader au terminal Bloomberg, à la Bourse de New York, en 2013 (photo d'illustration). (BRENDAN MCDERMID / REUTERS)

New York, Londres, Paris, Hong Kong... Après la plongée de Wall Street la veille avec, en clôture, une baisse de 4,60% du Dow Jones, toutes les places boursières ont ouvert en baisse mardi 6 février : -3,43% pour Paris, -3,5% à Londres et -3,6% à Amsterdam. Sur le marché asiatique, même rengaine avec -4,73% pour Tokyo, -5% pour Hong Kong en clôture et -3% pour Shanghaï.

La baisse du marché des actions aux Etats-Unis est d'autant plus inquiétante qu'elle est la plus importante, sur une séance, observée depuis six ans, rapporte Le Parisien. Faut-il s'inquiéter face à ce qui a ressemblé à un mini krach boursier ? Franceinfo apporte des éléments de réponses. 

Pourquoi de telles chutes ? 

A l'origine de cette débâcle, paradoxalement, une bonne nouvelle : la publication du rapport mensuel de l'emploi aux Etats-Unis. Et avec elle, l'annonce d'une augmentation plus forte que prévue des salaires et de la création d'emplois pour le mois de janvier. Aux Etats-Unis, le taux de chômage est actuellement au plus bas depuis dix-sept ans et la croissance du PIB s'est établie à 2,3% en 2017. 

Dans ces conditions, la Fed, la Banque centrale américaine, n’a plus de raison de poursuivre sa politique de maintien de taux faibles mise en place depuis la crise financière de 2008. En augmentant les taux d’intérêt, elle va durcir les conditions d’accès au crédit. C’est la fin de la quasi-gratuité de l’argent à laquelle les investisseurs s’étaient habitués. Et forcément, les investisseurs s'en inquiètent, ce qui fait baisser le cours des actions. 

On savait que ça allait arriver, mais on ne savait pas quand.Eric Heyer, économisteà franceinfo

"La hausse spectaculaire des marchés d’actions et d’obligations depuis quelques années est avant tout la conséquence des politiques monétaires accommodantes mises en place par les banques centrales", ajoute au Parisien Didier Marteau, professeur d’Economie à l’ESCP Europe et spécialiste des marchés d’options... Concrètement, après la crise financière de 2008, la Fed et les banques centrales européennes ont baissé artificiellement les taux d’intérêt et ont émis de la monnaie valant peu d’argent pour maintenir les investissements.

"Aujourd'hui, la plupart des traders qui sont aux manettes n'ont pas eu l'habitude des situations inflationnistes, précise Eric Delannoy, économiste et président du cabinet Tenzing, contacté par franceinfo. Ils ne savent pas comment réagir. Or l'inflation, tout le monde sait que c'est un vrai problème, surtout dans une situation d'endettement très élevée. Cela peut renchérir le coût du crédit et générer des mouvements de panique par incertitude. On peut se dire qu'aujourd'hui, il y a une surréaction quasiment mécanique sur des événements qui sont très localisés."

Autre argument avancé pour expliquer une telle débâcle : l'actualité politique américaine et la crainte d'une "crise constitutionnelle" agitée par les démocrates si Donald Trump décidait de limoger les responsables de l'enquête sur l'ingérence russe, pointe BFMTV

Est-ce qu'elle va se reproduire ?

Les analystes d'Aurel BCG, interrogés par l'AFP, estiment que "la baisse pourrait durer encore un peu d'ici à la fin de la semaine" mais que "les liquidités sont également abondantes et les investisseurs devraient rapidement juger que cette baisse est davantage saine que malsaine". En effet, si l'indice Dow Jones a baissé d'environ 5% ces derniers jours, il a gagné 43% en un an. 

Une analyse partagée par l'économiste Eric Heyer. "On avait des performances des Bourses qui étaient déraisonnables, bien trop fortes. Et les banques centrales normalisant leurs politiques économiques, il est normal que les actions chutent."  

La chute des taux d'intérêt va continuer, mais sans doute pas à ce rythme-là. Eric Heyer, économisteà franceinfo

"Les perspectives de retour de l’inflation aux Etats-Unis et la hausse du prix du pétrole, passé de 50 dollars, fin novembre, à 65 dollars, sont deux facteurs qui pourraient inciter les opérateurs à céder massivement leurs actifs", ajoute Didier Marteau au Parisien. Mais ils vont peut-être considérer que la Fed va finalement choisir de ne pas remonter trop rapidement les taux d’intérêt aux Etats-Unis.

Faut-il s'inquiéter ?

Le particulier qui détient des actions risque de perdre quelques euros dans l'affaire. "Cela pourra avoir une incidence sur son comportement d'épargne et de consommation et donc d'accélérer une épargne de précaution", prévient Eric Heyer.

Au niveau international, la consommation des ménages pourrait donc ralentir dans les prochains mois, mais la France pourrait être épargnée. "Ces effets de richesse, on les trouve plutôt dans les pays anglo-saxons et assez peu en Europe et en France, assure l'économiste. Cela aura donc des conséquences beaucoup plus faibles sur la consommation des ménages français qu'américains, par exemple".  

Toutefois, Eric Heyer rassure sur ces mouvements de la Bourse : "Puisque cette chute est notamment liée au taux d'intérêt piloté par les banques centrales, il est fort possible que les banques centrales arrivent à maîtriser ce krach".

Tout va dépendre des discours et des actions des banques centrales.Eric Heyer, économisteà franceinfo

"Je pense que la crainte des traders va vite être reprise par le fait que les fondamentaux économiques sont bons, analyse Eric Delannoy. Il va y avoir des prises de bénéfices. Quand il y a une baisse très forte des marchés, il y a des retours à la hausse parce qu'il va y avoir des mouvements de réinvestissement. Dans cette espèce de balancier qui génère de la spéculation, il y a un effet de correction. Il y a une prise de bénéfices où des acteurs économiques vont se rendre compte que cette chute a été trop importante."