"Déclarer la Grèce en faillite peut être un moyen de purger la situation"

Au lendemain du référendum grec, Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) livre son analyse.

Un homme brandit un drapeau grec devant le Parlement à Athènes (Grèce), le 5 juillet 2015.
Un homme brandit un drapeau grec devant le Parlement à Athènes (Grèce), le 5 juillet 2015. (IAKOVOS HATZISTAVROU / AFP)

Ils ont dit "non". Les Grecs ont massivement rejeté, dimanche 5 juillet, les réformes et les coupes budgétaires demandées par les créanciers de la Grèce, en échange d'un nouveau renflouement. Au lendemain de ce référendum, francetv info a interrogé Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), pour comprendre les conséquences de ce vote sur les relations entre Athènes et ses partenaires, la BCE, l'UE et le FMI.

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Francetv info : Après ce refus de leurs exigences, les créanciers vont-ils accepter de se rasseoir à la table des négociations et lâcher un peu de lest ? 

Xavier Timbeau : Non, je vois mal les créanciers céder du terrain. De leur point de vue, les négociations sont terminées. Le "non" des Grecs n'est pas un événement de nature à leur faire revoir leur position et à modifier leurs demandes. Et ce n'est pas parce que le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a reçu un plébiscite que la situation de son pays change.

Les créanciers considèrent qu'ils ont déjà beaucoup cédé et qu'ils ne sont pas en position de céder de nouveau. D'autant qu'une partie de leurs opinions publiques en Europe, notamment en Allemagne et dans les pays baltes, sont hostiles à un compromis avec Athènes. 

A la rigueur, ils peuvent faire un geste après ce référendum. Les créanciers n'ont plus l'obligation de verser leur dernière branche d'aide à la Grèce depuis la date butoir du 30 juin. La seule concession qu'ils sont susceptibles de faire, c'est de prolonger ce délai.

Est-ce que la démission du ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, traduit une volonté de la part d'Athènes de poursuivre des discussions apaisées ?

Yanis Varoufakis a expliqué que les négociations entre Athènes et ses créanciers se dérouleraient mieux sans lui. Il faut dire qu'il avait encore récemment accusé les créanciers de "terrorisme". Mais sa démission n'est pas de nature à changer quoi que ce soit. Avec ou sans lui, la Grèce n'a pas réussi à faire entendre ses arguments. C'est d'autant plus compliqué pour les créanciers de recommencer à négocier avec les Grecs qu'ils ont trouvé ce partenaire fuyant et inconstant jusqu'à présent.

La sortie de la Grèce de la zone euro est-elle inéluctable ? 

Les créanciers de la Grèce affichent une position rigide et dure. Pour eux, la logique est la suivante : la construction européenne reste fondée sur le principe de responsabilité de l'Etat souverain et on ne fait pas de cadeau à un pays parce qu'il est en difficulté. Les Grecs vont peut-être beaucoup souffrir pour tenir leurs engagements, mais c'est un Etat souverain, donc c'est son problème. Sauf que l'argument ne tient pas. Les créanciers, en imposant des politiques d'austérité, portent une part de responsabilité dans le défaut de paiement de la Grèce aujourd'hui. 

Pour une partie d'entre eux, le "Grexit" est la seule solution souhaitable. A leurs yeux, les Grecs ont montré qu'ils n'avaient pas fait les efforts nécessaires et ne méritaient pas de rester dans la zone euro. Il faut donc que les Grecs demandent à en sortir pour leur bien. Les Grecs, eux, ne veulent pas y être forcés. Le vrai point positif de ce référendum, c'est que les votants n'ont pas exprimé directement leur volonté de sortir de la zone euro. Tout cela a conduit à un blocage total de la situation dont il faut sortir aujourd'hui.

Quelle porte de sortie imaginez-vous ?

Il faut arriver à trouver une position médiane pour sortir de cette crise. Et pour cela, il faut introduire un élément nouveau et repartir sur une autre négociation. Une possibilité est de considérer que l'Etat grec est incapable de sortir d'une situation dont il a hérité et de le déclarer en faillite. C'est-à-dire annoncer que le pays n'a pas les moyens d'honorer ses dettes et qu'il ne remboursera donc pas ses créanciers. L'Europe peut constater cet état de fait et demander une procédure de résolution. Ce serait un moyen de purger la situation.

Financièrement, cela reviendrait à faire le solde de tout compte. Dans ce cas, les créanciers renoncent à une partie de la dette et perdent une partie de leurs créances. Pour les Grecs, la différence est de taille politiquement car le message est : "Votre Etat a failli mais pas vous. Vous n'êtes pas responsables. Vous n'avez pas à payer pour ses erreurs. Vous restez des citoyens de l'Union européenne." 

Politiquement, ce serait considérer qu'il y a une rupture et donc que l'interlocuteur va changer. On ouvre la possibilité d'une reconstruction d'un Etat grec au sein de la zone euro. Mais cette proposition n'est pas simple à mettre en place politiquement. Elle suppose d'abord que tous les créanciers, c'est-à-dire tous les partenaires européens de la Grèce, se mettent d'accord sur une position commune. Elle crée aussi un précédent dont on ne connaît pas encore les conséquences. Demain, il faudra peut-être répondre à des pays qui sont aussi dans des situations difficiles, comme l'Espagne, le Portugal ou la Slovénie : "Vous n'avez pas le droit à de telles mesures, car vous, vous n'avez pas failli."