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Emplois menacés chez PSA : l'Etat et le constructeur jouent au chat et à la souris

Le plan du constructeur prévoit de supprimer 8 000 postes. Pour la première fois, et après quelques jours de tergiversations, la direction accepte de négocier.

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Des salariés de PSA Peugeot Citroën manifestent devant le siège du groupe à Paris, le 25 octobre 2012. (BENOIT TESSIER / REUTERS)

PSA - C'est une première. Inflexible jusqu'ici, le président du directoire de PSA, Philippe Varin, a accepté l'ouverture de négociations sur le plan social du goupe qui prévoit la suppression de 8 000 emplois, jeudi 25 octobre.

Le bras de fer dure depuis des mois avec le gouvernement, qui n'est pas actionnaire du groupe et ne peut donc pas infléchir ses décisions. Voilà pour la théorie. La nouveauté, c'est que l'Etat a annoncé un plan de soutien pour sauver la Banque du constructeur : il se porte garant jusqu'à 7 milliards d'euros sur trois ans, pour permettre à l'établissement d'emprunter sur les marchés. Mais en contrepartie, il espère peser sur les choix du groupe. Retour sur une semaine agitée et décisive pour l'avenir des salariés. 

Acte 1 : duel à distance entre Montebourg et Varin

Lundi 22 octobre. A la veille d'annonces importantes du constructeur, Arnaud Montebourg met la pression sur le président de son directoire, Philippe Varin : "L'objectif doit être zéro salarié PSA à Pôle emploi." Dans un entretien à Libération, le ministre du Redressement productif rappelle également qu'il veut "des centaines d'emplois préservés" et qu'il a déjà demandé à PSA de "reformater" son plan social.

Mardi 23 octobre. L'Etat doit se porter garant pour la Banque PSA Finance (BPF), mal en point. Il cherche donc à influencer certaines décisions du groupe. Mais visiblement, le message ne passe pas sur le thème de l'emploi. Le ministre rencontre Philippe Varin, qui a toujours estimé que le plan social était une affaire interne à l'entreprise.

Acte 2 : PSA sauve sa banque, mais ne dit mot sur le plan 

Mercredi 24. PSA officialise le plan pour sauver sa Banque PSA Finance, qui est rendu public. L'Etat se porte garant à hauteur de 5 à 7 milliards d'euros. L'établissement est à nouveau digne de confiance et peut donc obtenir des financements sur les marchés.

Pourtant, Philippe Varin évacue la question du plan de restructuration et des éventuels licenciements. Prudence également chez le directeur financier du groupe, Jean-Baptiste de Chatillon : "Notre plan de restructuration est en cours [de discussion] avec les différents représentants du personnel."

Les syndicats s'étranglent. Dans un communiqué, la CFTC constate que Philippe Varin "refuse de confirmer des engagements qu'il n'aurait pas tenus sur l'emploi". le syndicat regrette que l'Etat ait aidé une entreprise qui maintient des licenciements.

Acte 3 : le gouvernement s'agace et fait pression

Mercredi 24. Certes, le gouvernement a obtenu deux contreparties. PSA cesse de verser des stock-options et des dividendes durant la durée du plan de soutien à sa banque. Par ailleurs, un représentant des salariés et un administrateur de l'Etat sont admis au conseil de surveillance du groupe. "Mon gouvernement n'a pas du tout l'intention de faire des cadeaux, comme cela, sans engagements", déclare le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, sur France Inter. 

Ces concessions de PSA sont toutefois insuffisantes, estime-t-il. "L'objectif pour nous, c'est pas de licenciements secs, pas de personnes sans solutions." Jean-Marc Ayrault réclame donc que PSA "fasse des propositions aux salariés, aux représentants" pour améliorer l'accompagnement du plan de restructuration.

Acte 4 : fermeté de PSA, qui ne plie pas sur l'emploi

Mercredi 24. La réponse de PSA est ferme. Une nouvelle fois, Philippe Varin déclare ne pas être engagé sur le volet social. Il déclare que la suppression de 8 000 postes est "nécessaire" pour l'avenir du groupe. Une ligne maintenue le lendemain matin, jeudi 25 octobre, au micro d'Europe 1.

Acte 5 : PSA accepte finalement des négociations

Jeudi 25. Changement de ton après le comité central d'entreprise extraordinaire, organisé jeudi 25 octobre, qui réunit PSA, le gouvernement et les syndicats. Pour la première fois, la direction accepte de négocier et accepte l'ouverture de discussions sur le volet social du plan de restructuration.

Tanja Sussest, déléguée du Syndicat indépendant de l'automobile, évoque "une première victoire", sous les applaudissements des salariés venus manifester. Pour autant, la proposition de la direction est "trop réductrice et ne répond pas aux demandes et attentes des salariés", poursuit le communiqué, lu publiquement jeudi matin.

En parallèle, le groupe PSA annonce que la société ID Logistics va s'implanter sur le site d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) après la fermeture de son usine. Les 600 postes ainsi créés seront réservés intégralement aux salariés du constructeur, d'après les syndicats présents au comité.

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