Affaire Carlos Ghosn : trois questions sur les soupçons pesant sur la fête privée organisée pour l'ex-patron de Renault

Le groupe automobile Renault a l'intention de procéder à un signalement à la justice, au sujet d'une contrepartie de 50 000 euros accordée en 2016 à Carlos Ghosn par le château de Versailles, à l'occasion d'une fête privée organisée par l'ex-PDG du groupe.

L\'ancien patron de Renault, Carlos Ghosn, lors d\'une conférence de presse à Paris, le 6 octobre 2017.
L'ancien patron de Renault, Carlos Ghosn, lors d'une conférence de presse à Paris, le 6 octobre 2017. (ERIC PIERMONT / AFP)

Renault s'interroge sur le financement d'une réception donnée par Carlos Ghosn. Le groupe automobile a annoncé, jeudi 7 février, qu'il allait signaler à la justice une contrepartie de 50 000 euros accordée à son ancien patron par le château de Versailles. Emprisonné et inculpé au Japon pour abus de confiance présumé, Carlos Ghosn a démissionné fin janvier de son poste de PDG de Renault. Il avait été démis de la présidence du conseil d'administration de Nissan et Mitsubishi peu après son arrestation en novembre. Franceinfo répond à trois questions sur les soupçons qui pèsent sur l'homme d'affaires.

Que reproche-t-on à Carlos Ghosn ?

Renault a signé un contrat de mécénat avec le château de Versailles en juin 2016, visant à financer une partie de la rénovation du site. En échange, le groupe automobile a obtenu un certain nombre de prestations, précise Le Figaro (article payant). Le château a notamment fait figurer sur la liste de ces contreparties la location du Grand Trianon, le samedi 8 octobre 2016.

Selon le quotidien, c'est à cette date que le PDG de Renault, Carlos Ghosn, a célébré son mariage avec son épouse Carole, à Versailles. La réception, qui s'est déroulée au Grand Trianon, a été évaluée à 50 000 euros."Il ne fait aucun doute qu'il s'agissait d'un événement totalement privé qui n'a aucun lien avec le mécénat de Renault", estime une source proche du dossier citée par Le Figaro. "Cette location pourrait constituer un abus de bien social de la part de Carlos Ghosn", explicite le quotidien.

La société d'événementiel qui a organisé la fête privée de Carlos Ghosn a toutefois établi une facture notant la location du château comme "offerte par Versailles". Ce qui laisse supposer que ce cadeau aurait été fait au PDG de Renault, et non au groupe, souligne Le Figaro. La situation est donc complexe à interpréter.

Comment cette contrepartie a-t-elle été découverte ?

Le contrat de mécénat de Renault avec le château de Versailles dépendait directement du "centre de coût de la présidence" du groupe automobile. "Très peu de personnes, en interne, étaient au courant de son fonctionnement exact, ce qui explique la lenteur de la mise au jour du problème", détaille Le Figaro. Ces découvertes ont été faites dans le cadre des investigations lancées par Renault en interne en novembre, peu après l'arrestation de son ancien patron au Japon. Jusqu'à présent, elles n'avaient mis en évidence aucun manquement attribuable au bâtisseur de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi.

Selon Le Figaro, les soupçons concernant le financement de la réception au Grand Trianon ont été signalés aux administrateurs lors d'une réunion du comité de l'éthique du conseil de Renault, mercredi 6 février. "Dans le cadre des vérifications de conformité initiées au sein du Groupe Renault le 23 novembre 2018, il a été identifié qu'une contrepartie d'une valeur de 50 000 euros, dans le cadre d'une convention de mécénat signée avec le château de Versailles, a été affectée au bénéfice personnel de Carlos Ghosn", confirme le constructeur dans un communiqué publié jeudi 7 février. C'est pour cette raison que le constructeur a "décidé de porter les faits à la connaissance des autorités judiciaires".

Que compte faire Renault ?

Le Figaro précise que ce signalement "n'est pas une plainte [de Renault] contre son ancien patron". Le groupe estime en effet que "les éléments réunis jusqu'ici nécessitent que des vérifications supplémentaires soient menées". En clair, le constructeur considère que la justice est la mieux placée pour "mener de nouvelles investigations pour déterminer exactement les responsabilités des uns et des autres", analyse le quotidien. "C'est à la suite de cette enquête officielle que [le groupe] prendra une position plus tranchée", conclut Le Figaro.