Contrat de Rafale : "Depuis les années 2000, c'est à l'initiative d'Abou Dhabi que s'est ajoutée la culture" dans les ventes d'armes, explique un spécialiste

Les Emirats arabes unis ont signé un contrat pour l'achat de 80 avions de combat Rafale à la France. L'accord comprend un volet culturel qui renforce le "soft power" des Emirats Arabes Unis.

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Emmanuel Macron (à gauche) et le prince héritier d'Abu Dhabi Mohammed bin Zayed al-Nahyan (à droite) se voient présenter l'accord pour l'achat de 80 avions de chasse Rafale, à Dubai le 3 décembre 2021. (THOMAS SAMSON / AFP)

La France a conclu vendredi 3 décembre un contrat avec les Emirats Arabes Unis avec la fourniture de 80 avions Rafale, d'un montant de 16 milliards d'euros, auxquels s'ajoute la vente de 12 hélicoptères Caracal pour un milliard d'euros. À ce contrat considéré comme historique s'ajoutent des annonces économiques mais aussi culturelles. L'accord de coopération avec le musée du Louvre, à Paris a été étendu. En échange, quatre œuvres emblématiques, qui n'ont pas encore été précisées, seront prêtées au Louvre d'Abou Dhabi.

Pour Alexandre Kazerouni, maître de conférences en science politique à l'Ecole normale supérieure, spécialiste des pays du pourtour du Golfe Persique, ce volet culturel dans l'accord signé entre les deux pays renforce le "soft power" des Emirats Arabes Unis. Abou Dhabi cherche selon lui à peser sur l'opinion publique en France, en créant via la culture "une possibilité d'émotions partagées avec la société française", impossible sur le plan politique étant donné le caractère autoritaire du régime émirati.

Ces contrats majeurs d'armement sont signés sur le lieu de l'exposition universelle, avec aussi la prolongation du contrat concernant le Louvre à Abou Dhabi. On est là dans les deux jambes de la diplomatie française : le hard power et le soft power ?

On est surtout dans les deux jambes de la diplomatie émirienne d'Abou Dhabi. Les ventes d'armes, historiquement, sont le canal majeur de relations entre Abou Dhabi et la France, avec l'énergie, et le pétrole. C'est vraiment à l'initiative d'Abou Dhabi que s'est ajoutée la culture, à compter des années 2000. Avec un lien entre les ventes d'armes et les projets culturels, puisque le Fonds d'investissement Mubadala, créé en 2002, émane en fait d'un fonds créé en 1992. Il sert de réceptacle depuis les années 1990 au montant des contrats d'armement qui doivent être juridiquement reversés à Abou Dhabi par la compagnie étrangère.

Côté émirati, la vitrine culturelle et prestigieuse est-elle destinée à détourner certains regards ?

Pas à détourner le regard, mais à relever le défi de la difficulté à partager les valeurs politiques françaises. Les Émirats arabes unis sont un régime autoritaire, qui affiche clairement et dans la durée son attachement à l'autoritarisme comme type de régime politique. Il a été notamment un des pays aux avant-postes des contre-révolutions arabes. La culture est justement l'opportunité de créer une possibilité d'émotions partagées avec la société française. Une émotion partagée qui n'est pas possible autour des valeurs politiques.

Cela va jusqu'à la téléréalité. Ce n'est pas qu'anecdotique, mais un certain nombre d'influenceurs français sont à Dubaï, ou Abou Dhabi...

Depuis les années 1990, le Qatar d'abord, et Abou Dhabi ensuite, ont vraiment pris la pleine mesure de la nature des régimes que sont la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, à savoir les trois grandes puissances militaires qui siègent au Conseil de sécurité des Nations unies. Ce sont des démocraties, et donc il faut avoir des relais chez ceux qui fabriquent l'opinion publique de ces électeurs.

Par exemple les influenceurs, très présents et bien accueillis dans les Emirats et au Qatar. Ils ont pleinement pris en compte le fait que la classe moyenne française, américaine, britannique vote, et que son opinion est importante au moment où il y aurait peut-être nécessité d'envoyer l'armée française. Ce qui intéresse Abou Dhabi, c'est moins, à mon avis, les armes que la possibilité de mobiliser l'armée française, et d'avoir accès au vote français au Conseil de sécurité des Nations unies.

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