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Violences lors de la manifestation du 1er-Mai : deux personnes placées en détention provisoire avant leur procès à la fin du mois

Ces deux personnes avaient donné de faux noms et de fausses adresses, pendant leurs 48 heures de garde à vue. Au total, six prévenus ont obtenu le renvoi de leur procès. 

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Des manifestants du black bloc, le 1er mai 2018, à Paris.  (YANN CASTANIER / HANS LUCAS)

Six personnes ont été jugées en comparution immédiate à Paris, jeudi 3 mai, deux jours après les incidents survenus en marge de la manifestation du 1er-Mai. Toutes étaient poursuivies pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations". La présidente du tribunal a renvoyé cinq dossiers au 30 mai et un sixième au 12 juin. Parmi les six prévenus, un jeune homme et une jeune femme ont été placés en détention provisoire.

"Mode de vie alternatif"

Le 1er mai, ces deux prévenus ont été interpellés alors qu'ils faisaient demi-tour pour éviter un contrôle de police. Masque blanc, lunettes et masques pour protéger les yeux, sérum physiologique, gants pour la jeune femme… Et du noir sur le dos. Ils disposent de tout l'attirail pour se dissimuler et conserver leur anonymat dans la foule. Cet équipement, qui signerait leur appartenance aux groupes de casseurs, leur vaut désormais de comparaître au tribunal. Le jeune homme transportait en sus trois paires de ciseaux, trois massettes et de l'adhésif noir.

Pendant les 48 heures de leur garde à vue, ils ont menti sur leur identité, leur domicile et leurs diplômes. Ils ont également refusé les prélèvements biologiques. Bénéficiaire du RSA, l'homme a simplement revendiqué un "mode de vie alternatif", marqué par "l'entraide entre amis et quelques activités militantes". Il rêvait de monter un spectacle d'arts de la rue pour acquérir le statut d'intermittent. La jeune femme, elle, se présente comme directrice de production dans le cinéma. Elle est déjà sous contrôle judiciaire pour un procès prévu en juin, à la suite d'un tractage devant un lycée et de heurts avec la police.

Vestes Adidas sur le dos, ils préfèrent demander le renvoi du procès, mais la procureure évoque un "risque de réitération" et demande leur placement en détention provisoire. "J'aurais voulu qu'il soit jugé aujourd'hui, ça m'aurait permis de plaider un 'délit politique' pour lequel la comparution immédiate est interdite", défend l'avocat Raphaël KempfEn vain. Quand ils apprennent leur placement en détention provisoire jusqu'au 30 mai, les deux prévenus s'effondrent. Puis un cri fuse dans la salle d'audience, où sont massées une quinzaine de personnes venues en soutien aux militants : "Courage ! Une de touchée, dix de retrouvées."

La défense évoque le cas de "délits politiques"

Difficile, à ce stade, de connaître leur implication exacte dans les violences commises le 1er-Mai. Les dossiers étudiés ce jour-là font tous l'objet d'une demande de renvoi, et le fond des affaires n'est pas abordé. Nés en 1995 et 1991, Loris et Niels sont les premiers à se présenter à la barre. Calmes, un peu hagards. Le premier, étudiant toulousain en anthropologie, est accusé d'avoir commis un acte de rébellion "en se débattant" face aux policiers. Sweat à capuche gris sur le dos, cheveux mi-longs, il détaille ses petits boulots de serveur ou d'ouvrier viticole et son service civique dans une association.

L'autre jeune homme est accusé d'avoir lancé une bouteille de verre face aux policiers, sans entraîner d'ITT. Il vit avec le RSA et veut débuter une formation en menuiserie. Il sourit quand la présidente évoque son passage chez McDonald's : "C'était un travail alimentaire." Pas le genre d'entreprise qui colle à ses convictions.

Leurs deux avocats commis d'office, Boris Rosenthal et Raphaël Kempf, se plaignent d'avoir eu accès à des dossiers parcellaires et ce dernier évoque même l'impossibilité d'une comparution immédiate dans le cas d'un "délit politique". Les deux dossiers sont renvoyés au 30 mai et les deux hommes sortent du tribunal sous contrôle judiciaire. D'ici là, Loris et Niels – qui habitent respectivement à Toulouse et Saint-Priest (Rhône) – ont l'interdiction de passer à Paris, hormis pour rencontrer leurs avocats.

"Un jeune homme en grande souffrance"

Jean-Emmanuel est un peu dans son monde. Il est accusé d'avoir jeté une pierre sur les CRS en marge des manifestations, habillé avec un K-Way sombre et équipé d'un masque. Dans les couloirs, une proche décrit "un jeune homme en grande souffrance", victime de "névroses", qui "a dû être surchauffé par l’ambiance". Victime de coups dans son enfance, le prévenu souffre par ailleurs d'une névralgie faciale et de troubles psychologiques. Lors de sa garde à vue, il a expliqué qu'il avait des "opinions politiques très affirmées [qui] provoquent des passions au sein de la famille". Il devra être suivi et réaliser une expertise psychiatrique avant son procès, le 12 juin.

Sur les 34 personnes déférées jeudi soir au parquet de Paris, sept personnes devaient être présentées à un juge d'instruction, toujours pour les chefs de "dégradation en réunion" et "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations". Douze devaient être jugées en comparution immédiate vendredi et deux autres ont été convoquées pour un procès à une date ultérieure. Enfin, treize personnes devaient se voir notifier vendredi un rappel à la loi par un délégué du procureur.

Pour l'heure, les prévenus sont des étudiants, des bénéficiaires du RSA ou de jeunes actifs sans aucun casier judiciaire au moment des faits. Quand les tenues noires des prévenus sont évoquées à la barre, l'expression "black bloc" traverse tous les esprits. Mais ces mots, eux, n'ont pas encore été prononcés.

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