Il a fallu peindre des vaches pour montrer l'intérêt des zébrures contre les insectes

Pour expliquer le pelage étonnant du zèbre, certains chercheurs évoquent l'efficacité de telles bandes pour dissuader les insectes importuns. Une équipe a mené l'expérience sur des vaches et s'est aperçue que les animaux zébrés servaient de piste d'atterrissage à deux fois moins de mouches que les autres. 

Des chercheurs japonais ont mis en évidence le fait que les vaches qui portaient des bandes blanches étaient moins piquées que les vaches qui n\'en portaient pas.
Des chercheurs japonais ont mis en évidence le fait que les vaches qui portaient des bandes blanches étaient moins piquées que les vaches qui n'en portaient pas. (PLOS ONE)

Camouflage, régulation de la température, confusion pour les prédateurs... De nombreuses hypothèses existent pour expliquer la présence de bandes noires et blanches sur le pelage des zèbres. Mais l'hypothèse la plus sérieuse est bien la présence d'un paravent naturel limitant les piqûres d'insectes. Pour en avoir le cœur net, une équipe universitaire japonaise a donc réalisé une expérience avec de la peinture et six vaches noires du cru. Les travaux de ces scientifiques ont été publiés dans la revue scientifique Plos One, le 3 octobre.

Ils ont été menés en 2017 et 2018 dans un centre de recherche agricole de Nagakute (Japon), avec trois échantillons : bandes noires et blanches, bandes noires et aucune bande. Les bandes, qui mesuraient environ 5 centimètres de large, ont été peintes avec des laques à base aqueuse, tandis que les vaches étaient attachées pendant les phases d'observation. Les chercheurs ont alors consigné les comportements des bêtes (battements d'oreille, contractions de la peau, mouvements de la queue...) et photographié les flancs des animaux pour compter les insectes.

Des chercheurs japonais ont mis en évidence le fait que les vaches qui portaient des bandes blanches étaient moins piquées que les vaches qui n\'en portaient pas.
Des chercheurs japonais ont mis en évidence le fait que les vaches qui portaient des bandes blanches étaient moins piquées que les vaches qui n'en portaient pas. (PLOS ONE)

Les résultats sont sans appel : les mouches sont deux fois moins nombreuses sur les vaches aux bandes blanches et noires que sur les vaches aux bandes noires. Par ailleurs, il n'y a pas de différence significative entre ces dernières et les vaches témoins (donc les vaches sans bandes). Les comportements de défense face aux insectes sont également moins nombreux chez les vaches zébrées (39,8 réactions en moyenne contre 53 chez les vaches avec uniquement des bandes noires), ce qui suggère que les insectes étaient moins nombreux à importuner les animaux du premier échantillon.

On ne sait pas pourquoi les mouches n'aiment pas les zébrures

Pourquoi une telle différence ? Difficile à dire. Par le passé, des chercheurs ont évoqué un possible rôle de la lumière dans l'approche et l'atterrissage des insectes, mais les auteurs de la présente étude reconnaissent que le mécanisme à l'œuvre est encore largement inexpliqué. Ces résultats suggèrent toutefois les rayures zébrées peuvent "réduire l'exposition aux mouches pour les bovins et les chevaux, quel que soit le format des zébrures (peinture ou revêtement de tissu)".

Quelle que soit l'explication du phénomène, les auteurs de l'étude estiment que leurs travaux pourraient ouvrir la voie à une "méthode pratique et respectueuse de l’environnement", afin notamment de réduire le recours aux pesticides dans les élevages. Les mouches piégées par du plastique collé posé aux alentours étaient essentiellement des mouches stables (Stomoxys calcitrans), des mouches du cheval et des mouches des cornes, qui sont parfois devenues résistantes aux pesticides aux Etats-Unis.

Reste encore à développer des laques capables de résister au temps, car les produits utilisées par les chercheurs s'estompaient en quelques jours à peine alors que la saison de la mouche piqueuse dure entre trois et quatre mois au Japon. Il faudra également convaincre les éleveurs de révéler leur fibre artistique pour reprendre le flambeau de Daniel Buren. En résumé, vous n'êtes pas prêt de croiser un troupeau de vaches zébrées dans le bocage normand.